Vous entendez la cavalcade ? Ce n’est pas l’approche de la fête de la tech, mais bien les GAFAM, SaaS et une horde de robots, tous pris dans la même course effrénée vers un avenir où chacun tente désespérément de prouver son utilité face à l’IA. Car pendant que Salesforce fait du moonwalk sur la scène du SaaSpocalypse en martelant à Wall Street que tout va bien, ailleurs, on préfère courir un semi-marathon… sur six pattes de robot ou, plus calmement, sur la ligne de prescription automatisée selon Amazon.
Le parallèle est saisissant : alors que les géants du cloud essaient désespérément d’impressionner la galerie avec leurs “agentic work units (AWU)” pour ne pas se faire avaler par une IA vorace, Pékin organise le marathon du futur où la victoire ne se compte plus en muscles ni même en synapses humaines, mais en ampères et lignes de code. Jusqu’où faut-il « pondérer » le progrès pour qu’il reste encore humain ? Les investisseurs, eux, semblent déjà perdus dans cette jungle algorithmique, où l’on récompense moins la vitesse que l’autonomie… un concept qui vaut aussi bien pour la mobilité urbaine que pour la consultation médicale !
À Los Angeles, sur fond d’oranges mécaniques et de starlettes au chômage technique, Uber et Volkswagen avancent leurs pions, rêvant de transformer la ville du cinéma en capitale mondiale du robotaxi. On y teste la technologie comme on ferait une répétition générale : avec prudence, escortée d’un ingénieur assis mais les mains sages et le frein tout prêt. Si l’IA doit vraiment remplacer (et non juste assister) le chauffeur, le médecin ou le vendeur de CRM, alors qu’en restera-t-il de la promesse technologique ? Peut-on encore croire à la transformation “réelle” quand tout n’est plus que micro-correctifs, rachats massifs d’actions et conférences aux allures de série Netflix ?
La grande disruption vient toujours plus vite que prévu, mais elle laisse souvent le public suspendu… entre pragmatisme et vertige.
Au cœur de ce remue-méninges algorithmique, Amazon court-circuite les vieux réflexes de la santé avec ses kiosques pharmaceutiques, transformant la peur de l’attente en rêve d’instantanéité. Tandis que les officines s’éteignent comme des lampes halogènes usées, le géant tente, sous couvert d’efficacité et de modernité, de transformer le soin en un produit de consommation plus fluide que jamais. Plus d’excuse pour oublier son traitement… Mais que reste-t-il de l’humain, de l’échange – bref de la société – dans ce monde où l’algorithme se fait soignant, coach sportif, voire confident ?
Ce n’est donc plus une course entre l’homme et la machine, mais une compétition entre machines, dans laquelle l’humain cherche l’issue la moins déshumanisée : robot marathoniens, taxis sans chauffeur, pharmacies sans sourire. La technologie promet de nous simplifier la vie, mais au risque de tout aplanir : interactions, surprises et même — soyons fous — l’échec et la maladresse. Avons-nous collectivement analysé quel progrès nous acceptons, à quel rythme, et surtout, sous la coupe de qui ? Car, à force de déléguer l’autonomie à ces “agents intelligents”, ne sommes-nous pas déjà les simples “work units” d’une mondialisation pilotée… sur pilote automatique ?



