Quel est le coût réel de la course à l’autonomie dans les grandes villes américaines, lorsque la sécurité des enfants et la confiance du public sont en jeu ? C’est la question centrale face à l’annonce par Waymo d’un rappel logiciel volontaire concernant la gestion de ses robotaxis aux abords des bus scolaires. Pourquoi la filiale d’Alphabet agit-elle maintenant, et cela suffit-il à calmer inquiétudes et régulateurs ?
Waymo, souvent perçue comme le vaisseau amiral de la voiture autonome, a confirmé avoir corrigé un « bug » dans la manière dont ses véhicules réagissaient face à des bus scolaires stoppés, souvent avec enfants à bord. Mais une interrogation s’impose : si la mise à jour du logiciel a été déployée dès le 17 novembre, pourquoi tant d’incidents ont-ils persisté depuis ? Est-ce le signe d’un correctif insuffisant ou du retard dans la communication entre Waymo et les autorités, telles que la NHTSA ?
Ce rappel intervient alors que le régulateur fédéral, mais aussi des responsables d’Atlanta et d’Austin, s’inquiètent depuis plusieurs semaines des performances des robotaxis autour des bus scolaires. La NHTSA a déclenché son enquête après la diffusion de vidéos montrant ces véhicules passer à proximité de bus arrêtés, stop lumineux clignotant et panneaux sortis, situations pourtant interdites selon le Code de la route local. Comment expliquer que « l’intelligence » artificielle embarquée n’ait pas anticipé ce danger évident ? Et la question sous-jacente : ces véhicules sont-ils réellement plus fiables que les conducteurs humains, comme le clame la direction de Waymo ?
En l’absence de blessés mais face à la récurrence de ces incidents, la capacité des robotaxis à gagner la confiance publique reste incertaine.
Pourtant, la lettre envoyée par la NHTSA début décembre à Waymo ne laisse aucune ambiguïté : les services scolaires d’Austin ont recensé au moins 19 infractions similaires rien qu’en 2025, dont plusieurs postérieures à la « correction » de Waymo. Allons-nous assister à une multiplication de tels rappels chaque fois qu’un incident survient ? Jusqu’où les autorités doivent-elles tolérer ces bévues ? Cela ne remet-il pas en question l’idée même d’une conduite totalement autonome — surtout dans des environnements complexes et bourrés d’imprévus, comme la proximité des écoles ?
La déclaration du responsable sécurité de Waymo, Mauricio Peña, est à double tranchant : il se félicite d’un taux d’incidents douze fois inférieur à celui des conducteurs humains, tout en reconnaissant la nécessité d’améliorations. Cette transparence, bien que rassurante, n’est-elle pas aussi un moyen détourné de justifier des défaillances ? Peut-on vraiment se contenter de résultats, même meilleurs que la moyenne, dès lors que la vie d’enfants est concernée ?
Il faut rappeler que ce n’est pas la première fois que Waymo procède à un rappel logiciel. Déjà cette année, plusieurs corrections avaient été nécessaires, notamment après des collisions à basse vitesse impliquant des obstacles ou du mobilier urbain. Cela pose une question de fond : où placer le curseur en termes de confiance et d’acceptabilité pour des intelligences artificielles qui s’exercent sur la voie publique ?
En définitive, la course pour déployer les véhicules autonomes à grande échelle ne fait que commencer, et chaque nouveau rappel logiciel sème un peu plus le doute tout en forçant l’industrie à progresser. Mais combien d’erreurs « acceptables » faudra-t-il tolérer avant d’atteindre une autonomie véritablement fiable ?
Source : Techcrunch




