Échecs automatiques et voix brisées : le fatras mondial de l’IA tout-terrain

Illustration originale : Evan Iragatie / Flux

Edito
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Échecs automatiques et voix brisées : le fatras mondial de l’IA tout-terrain

Le monde glisse décidément sur une fine pellicule technologique, où chaque faux pas numérique nous fait basculer tantôt dans le chaos linguistique d’une Inde polyglotte armée de IA vocale, tantôt dans l’épouvantable ballet de l’automatisation automobile à l’ouest, ou — cerise sur le cloud — dans les limbes opaques d’une Commission européenne piratée. D’un continent à l’autre, du périphérique indien saturé de voix au serveur européen saturé de pirates, on se demande quelle voie — ou voix — prendra la prochaine faille humaine derrière la machine.

D’ailleurs, la question n’est plus tant de savoir si la voiture autonome de Tesla saura éviter une flaque — ce nuage algorithmique flottant sur nos routes — que d’observer comment Wispr Flow et ses concurrentes espèrent éviter les ornières culturelles qui feraient chavirer n’importe quelle IA vocale occidentale. Car qu’ont en commun un pédestre piéton mumbaiite et une berline électrique dégoulinante de software, sinon cette expérience du crash: crash-test pour la voix à New Delhi, crash tout court pour la carrosserie à San Francisco. Dans les deux cas, la technologie promet l’émancipation… et sert souvent l’émasculation.

Ceux qui confient leurs secrets au cloud européen l’apprennent à leurs dépens : la promesse de la souveraineté numérique européenne fond comme la neige sur le capot d’une Model Y sous la mousson. Ni le grand parapluie d’Amazon Web Services ni le firewall de Bruxelles n’ont réussi à préserver les précieux octets de l’Union. Pendant que la NHTSA prend son temps pour comprendre si Tesla sait faire la différence entre un piéton et un lampadaire par temps de brouillard, Bruxelles découvre que la vapeur d’eau n’est pas que dans l’atmosphère, mais aussi dans ses data centers.

La technologie veut relier l’humanité, mais trébuche sur chaque dialecte, chaque goutte de pluie et chaque mot de passe.

Mais si la complexité indienne met en déroute les IA californiennes, et si l’Europe reste le théâtre d’une opacité trop commode pour ses administrateurs autant que pour les hackers, c’est bien parce que l’illusion de l’automatisation universelle demeure, elle, tenace. Que l’on cherche à dompter l’oralité indienne par deep learning ou à déléguer la conduite à une flotte émotive de capteurs embués, les mêmes travers réapparaissent : opacité algorithmique, dépendance à des infrastructures extérieures, et foi aveugle dans les promesses cosmétiques des dirigeants technos.

Peut-être qu’à force de jongler avec les idiomes, de contourner les réglementations et de maquiller les incidents, nous arriverons enfin à admettre que chaque faille, chaque bug, chaque glissement, n’est rien d’autre qu’un bégaiement du progrès — et, à l’échelle planétaire, la preuve éclatante que l’intelligence artificielle n’est pour l’instant que l’intelligence… des limites humaines.

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