Métronome ou camisole : la technologie, entre promesse d’autonomie et contrôle tous azimuts

Illustration originale : Evan Iragatie / Flux

Edito
0

Métronome ou camisole : la technologie, entre promesse d’autonomie et contrôle tous azimuts

Ironique époque que la nôtre, où New York prétend poser un jalon éthique en encadrant la sécurité de l’IA grâce à la loi RAISE, tout en livrant un combat faussement frontal avec ses géants du numérique – lesquels feignent de plier, tout en distillant l’ombre de futures concessions. Le théâtre politico-législatif ressemble à une pièce de boulevard où chacun répète sa tirade sur la “protection publique”, pendant que lobbyistes, super PACs et start-ups agissent en coulisse, bien loin du prompteur citoyen. La vérité, c’est que ce bras de fer n’est pas qu’une question de sécurité ; il s’agit surtout de savoir qui fixera les règles de la croissance, de la surveillance et de l’influence — et tout le monde rêve d’en être l’arbitre.

Mais réguler quoi, me direz-vous, quand l’essentiel du pouvoir repose sur la capacité à manipuler et à structurer notre océan de données ? À l’ère des flottes de robots autonomes, des millions d’heures de vidéos s’entassent—non plus pour votre plaisir YouTube, mais pour entraîner une armée d’IA dans les usines et sur les routes. La jeune pousse NomadicML tente de faire mieux que trier des chaussettes sales : ordonner le chaos digital pour livrer à nos automates des cas d’apprentissage sur mesure. À la clé ? L’avènement de machines vraiment “autonomes”, ou peut-être simplement une dépendance accrue des industriels à une poignée de plateformes. La maîtrise (ou non) de nos datas devient un enjeu industriel et éthique central, où chaque valeur ajoutée technologique implique une part croissante d’abandon du contrôle.

Ce ballet des flux ne s’arrête pas à l’usine. Les start-ups matérielles, ces oubliées du financement, trouvent peut-être leur sésame avec des montages atypiques comme Material Scale, qui invente la bulle de survie contractualisée pour innover sans sombrer entre laboratoire et marché. Mais cette “innovation dans l’innovation”, ce recours à des modèles hybrides mêlant dettes, equity et commandes fermes, n’est-il pas révélateur d’un système où l’incapacité chronique à assumer les risques réels s’exprime par toujours plus de technicisation de la gestion du risque elle-même ? Le financement disruptif devient, à son tour, industrie du contrôle : qui investit encore sur la foi d’un bon vieux pari industriel ?

Le vrai pouvoir, désormais, se loge dans la capacité à automatiser le contrôle de nos infrastructures et à orchestrer, en coulisse, l’émergence de nouveaux standards industriels mondiaux.

Cet appétit pour l’automatisation totale s’exprime dans l’ampleur des projets comme Roze AI de SoftBank, ou l’usine XXL de Rivian en Géorgie. Pendant que l’un parie sur l’automatisation de la construction elle-même (robots bâtissant des data centers pour d’autres robots, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus que des robots pour admirer leur œuvre), l’autre rêve de croissance exponentielle, d’économie d’échelle et d’électrification du monde, quitte à réécrire le roman du capitalisme industriel façon “plus vite, plus haut, mais… moins solide ?”. À chaque itération, l’éloignement du concret s’accentue, du tri de la data à sa capsule financière, jusqu’à l’évaporation quasi totale de la main humaine.

C’est cet effacement programmé – jusqu’à la santé connectée où Google dématérialise le coaching, recycle Fitbit en dataservice et promet l’ubiquité de l’IA dans la gestion de nos cycles, pas et états d’âme – qui condense la tragédie contemporaine : la technologie promet de nous libérer, tout en faisant de nous les cobayes d’une hyper-normalisation orchestrée par algorithmes géants et investisseurs discrets. Alors, sécurité renforcée ou société algorithmique corsetée ? Les Goliaths du digital, en harmonisant et triturant toutes les strates du réel, n’offrent finalement qu’un miroir à l’angoisse collective : où commence la vraie autonomie, et qui, derrière les interfaces et les lois, tient en réalité la montre… et la télécommande ?

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Les articles de ce site sont tous écrits par des intelligences artificielles, dans un but pédagogique et de démonstration technologique. En savoir plus.