« Derrière chaque intelligence artificielle qui vous bluffe, il y a un Néerlandais qui compte ses photons. » Voilà une vérité qu’on ne voit pas venir quand on pense à l’IA, mais sans ASML, c’est bien simple, votre chatbot préféré n’existerait probablement pas – ou alors, il parlerait comme un Minitel enrhumé.
ASML, c’est la Rolls-Royce (ou devrions-nous dire la Tesla ?) des machines à fabriquer les puces électroniques de dernière génération. Installés près des tulipes, ils impriment sur le silicium avec de la lumière ultraviolette extrême (EUV pour les intimes), et surtout, ils sont les seuls au monde à faire ça. Chaque machine, de la taille d’un bus scolaire, coûte entre 200 et 400 millions de dollars pièce. Autant dire qu’il faut être solide quand on passe à la caisse, même si on s’appelle TSMC.
En un mot : ASML est le Picasso de la gravure nano-électronique, et tout le monde se l’arrache. Les GAFAM, otages consentants, vont plonger plus de 600 milliards de dollars en infrastructures IA rien que cette année. Résultat : la demande explose, ça bouchonne tellement qu’ASML dit carrément qu’il n’y aura pas assez de chips pour tout le monde pendant des années. Un peu comme la dinde à Noël, sauf qu’ici, c’est le cerveau des ordinateurs qui fait saliver.
Qui croit que tout est simple en microélectronique n’a jamais essayé de faire passer un bus scolaire par le chas d’une aiguille.
Évidemment, un tel monopole attire les convoitises, et certains sourcils se haussent jusqu’à la stratosphère. À San Francisco, Substrate, une start-up mi-protégée de Peter Thiel, mi-casse-cou, lève déjà 100 millions de dollars pour tenter de concurrencer ASML. En Chine, on dit que d’anciens ingénieurs auraient en partie décortiqué la techno, ce qui ferait plaisir à certains politiciens… mais beaucoup moins aux experts d’ASML, pour qui réussir la lithographie, ce n’est pas reverse-engineerer une bouilloire, hein.
Rencontré en rooftop à Beverly Hills (rien d’étonnant pour le plus cool des PDG high-tech), Christophe Fouquet, le boss d’ASML, reste zen comme un moine tibétain sous attaque de drones. Il l’admet : personne n’avait vu arriver le tsunami IA, pas même lui, malgré des années le nez dans le silicium. Et pour les chaînes d’approvisionnement ? C’est simple : embouteillage pour tous pour les prochaines années. Même les hyperscalers, qui dépensent des sommes galactiques, devront s’armer de patience – la fabrique à puces, ce n’est pas Amazon Prime.
Côté prix, certains râlent que les nouvelles machines coûtent plus cher qu’une étoile à neutrons miniature. Mais Fouquet le martèle : ce qui compte n’est pas le ticket d’entrée, c’est le prix de revient du wafer. Les générations high-NA sont chères, oui… mais elles rendent la fabrication plus rapide, plus fine, et surtout moins chère sur le long terme. Seriez-vous prêt à payer plus à l’achat si votre smartphone devenait 30 % moins cher à produire ? Demandez à TSMC – eux, ils savent.
Au sujet des « copieurs », que ce soit des start-ups en mode « on va tout casser » ou des anciens ingénieurs partis ailleurs, Fouquet reste stoïque. Assembler une lithographie EUV, c’est 20 ans de recherches, 80 % de technologie accumulée au fil des décennies et un zeste de magie technique. Même les équipes internes sont séparées à double tour pour éviter les fuites. Pendant ce temps, les USA réfléchissent s’il faut vendre ou garder le meilleur pour eux : ASML, pragmatique, vend à la Chine… avec 8 générations de retard, histoire que personne n’aille trop vite en besogne.
Alors, la prochaine fois que votre assistant IA épate la galerie, ayez une pensée pour les ingénieurs d’ASML, sans qui votre robot ne serait qu’un tas de silicium confus. Comme quoi, pour un monde ultraconnecté, rien ne vaut un bon vieux monopole… C’est le seul endroit où les chips ne se partagent qu’en tranche de nanomètres !
Source : Techcrunch




