À quoi pourraient ressembler nos interactions avec la technologie si l’intelligence artificielle ne se limitait plus à nos téléphones et ordinateurs, mais s’infiltrait dans une multitude de gadgets intelligents, accessibles à tous ? C’est la question que soulève Era, une startup qui fait parler d’elle dans l’écosystème tech new-yorkais. Pourquoi cette jeune pousse attire-t-elle tant de créateurs et d’investisseurs ? Y a-t-il un véritable potentiel derrière son pari sur l’avenir des objets connectés dopés à l’IA ?
Lors d’un évènement artistique à New York, Era a rassemblé des développeurs pour dévoiler des gadgets inattendus : un objet qui raconte des blagues françaises, un appareil qui vous dit si c’est le bon moment pour quitter votre emploi, ou encore un gadget qui surveille la qualité de l’air. Simple effet de mode ou prémices d’une révolution ? Il est frappant de constater que, derrière l’aspect ludique, chacun de ces prototypes repose sur la même idée : démocratiser l’implémentation d’IA via une plateforme commune.
Contrairement à ceux qui rêvent d’appareils uniques, Era se veut invisible, fournissant une couche logicielle pour donner de « l’intelligence » à des objets variés, des casques audio aux bijoux connectés. Pourquoi Era refuse-t-elle de fabriquer elle-même du matériel ? Son ambition est ailleurs : elle offre l’infrastructure technique, laissant aux créateurs toute liberté d’imaginer de nouveaux usages. Grâce à un financement de 11 millions de dollars et la confiance d’investisseurs aussi prestigieux que Mozilla Ventures, la startup parie sur l’explosion de la diversité des objets intelligents.
Era veut être l’architecte silencieux d’une nouvelle génération d’objets intelligents, sans jamais en imposer le design.
Derrière Era, on retrouve des profils familiers du milieu : Liz Dorman (passée par Humane et HP), Alex Ollman (ex-HP) et Megan Gole (ancienne de Sutter Hill Ventures), entourés d’anges investisseurs venus de Flickr, Apple ou encore Poetry Camera. Mais comment espèrent-ils surpasser l’échec cuisant de Humane, récemment absorbé par HP, et l’érosion de Rabbit ? Ils tablent sur la modularité et la personnalisation. Leur plateforme oriente dynamiquement les requêtes vers plus de 130 modèles de LLM issus de 14 fournisseurs différents, offrant ainsi des dispositifs sur mesure pour les usages les plus variés.
Era mise également sur une philosophie résolument décentralisée : pas question que la Silicon Valley impose « d’en haut » l’usage de gadgets standardisés. Selon Liz Dorman, la capacité aujourd’hui offerte par l’IA permet de se passer de la traditionnelle couche d’applications : « Nous construisons l’intelligence qui permet à chacun de créer son objet intelligent. Le futur de la tech doit permettre à chaque utilisateur de reprendre le pouvoir sur ses appareils. » Une vision proche de la logique open source, accessible à la communauté des makers et créateurs indépendants.
Mais le modèle Era peut-il survivre dans un secteur où aucun acteur majeur de l’IA matérielle n’a encore trouvé la recette du succès ? Face à Plaud et Sandbar, qui tentent de percer avec des dispositifs de prise de notes, Era fait le pari que la multiplication des cas d’usage finira par emporter l’adhésion des utilisateurs. La promesse d’Era : offrir aux marques (comme aux particuliers) une plateforme capable de s’adapter à des millions de dispositifs tout en garantissant la confidentialité de la donnée.
Alors, Era réussira-t-elle là où d’autres ont échoué ? Voit-on enfin émerger une « intelligence ambiante » pour tous, ou n’est-ce qu’une nouvelle utopie ?
Source : Techcrunch




