À qui doit-on vraiment la maîtrise de notre créativité à l’ère de l’intelligence artificielle ? Cette question, brûlante d’actualité, secoue autant les artistes que les dirigeants des géants du numérique. Jack Conte, CEO de Patreon, s’est emparé du sujet lors d’une intervention remarquée au SXSW d’Austin. Peut-on honnêtement construire l’avenir sans inclure les créateurs qui en forgent l’esprit ?
Si Conte se défend d’être anti-technologie, il pose une limite claire : l’IA n’a pas à engloutir le travail des créateurs sans leur rendre la monnaie de leur pièce. Est-il juste de qualifier de « fair use » ce qui ressemble furieusement à une appropriation, alors que les deals avec Disney, Warner ou Condé Nast se chiffrent en millions pour alimenter ces modèles ? Le patron de Patreon ne mâche pas ses mots et dénonce une hypocrisie flagrante : si c’est vraiment légal, pourquoi rémunérer certaines firmes et pas les créateurs indépendants ?
L’histoire de la création numérique n’en est pas à son premier bouleversement. Du passage d’iTunes au streaming, de la vidéo horizontale aux stories verticales, chaque vague technologique a poussé les artistes à se réinventer. Pourtant, une question demeure : le nouveau choc IA est-il si différent des précédents ou cache-t-il un pillage à grande échelle ?
Des modèles valant des milliards pourraient-ils continuer à prospérer sans la créativité humaine ?
Conte, lui-même musicien, ne s’avoue pas vaincu. Loin de dresser un tableau apocalyptique, il insiste sur la capacité des artistes à rebondir, à saisir la tempête comme un moteur plus qu’un frein. Mais il insiste : accepter le changement ne signifie pas abandonner ses droits. Peut-on tolérer que des géants de l’IA bâtissent leur puissance sur le dos des anonymes, sans compensation ni reconnaissance ?
En revendiquant une part du gâteau pour la communauté Patreon (des centaines de milliers de créateurs), Conte invite à repenser la politique de l’équité. Qui décide de la valeur du travail créatif ? Pourquoi distinguer les “gros” ayants-droit du reste de la création ? Derrière la rhétorique du progrès, la protection de la diversité culturelle et des petites voix ne serait-elle pas la prochaine grande bataille ?
Tout en se projetant dans l’inévitable transformation, le fondateur revendique son optimisme : même face à une intelligence artificielle “qui sera bientôt l’avenir”, la société se doit de planifier pour les artistes. Faut-il rappeler que l’inspiration ne fonctionne pas comme un algorithme ? Et si la créativité restait, contre vents et marées, l’ultime valeur ajoutée ?
Conte conclut sur une note d’espoir : tant que l’humanité existe, les humains auront soif de l’œuvre d’autres humains. Mais jusqu’à quand les plateformes et les IA, aussi performantes soient-elles, accepteront-elles de jouer le jeu du partage ?
Source : Techcrunch




