En pleine ère de l’avènement de l’intelligence artificielle, une question brûlante se pose : jusqu’où les géants de la tech sont-ils prêts à aller pour nourrir leurs algorithmes ? À l’heure où Adobe affiche un virage massif vers l’IA, après avoir multiplié les annonces de nouveaux services basés sur cette technologie, le groupe se retrouve aujourd’hui accusé d’avoir alimenté ses modèles avec des livres… piratés. L’éditeur est-il tombé dans le piège de la course à l’innovation à tout prix ?
L’affaire débute par une plainte déposée par Elizabeth Lyon, autrice originaire de l’Oregon. Elle reproche à Adobe d’avoir utilisé des versions pirates de ses ouvrages ainsi que celles de nombreux autres auteurs pour entraîner SlimLM, un modèle linguistique présenté comme l’assistant de choix pour les documents sur mobile. Qu’est-ce que SlimLM, et sur quelles bases s’est-il construit ? Les grandes promesses technologiques se font-elles parfois au détriment de la légalité ?
L’autrice affirme que son travail se retrouve noyé dans le jeu de données SlimPajama-627B, officiellement soupçonné de n’être qu’une version dérivée d’un corpus déjà controversé dans l’industrie : RedPajama, et notamment sa composante Books3. Or, Books3, c’est une base de 191 000 livres piratés, longtemps utilisée (et contestée) dans de nombreux projets d’IA générative. Adobe s’est-il cru à l’abri des poursuites, alors même que d’autres géants comme Apple et Salesforce sont eux aussi rattrapés par la justice pour les mêmes pratiques ?
Dans la course à l’IA, les gardes-fous du droit d’auteur semblent fondre comme neige au soleil.
Les poursuites judiciaires contre l’utilisation d’œuvres protégées pour entraîner des IA explosent : Apple est attaqué pour avoir nourri sa propre intelligence artificielle avec du contenu sous copyright ; Salesforce est dans le collimateur pour RedPajama ; Anthropic, de son côté, a accepté de débourser 1,5 milliard de dollars face aux auteurs lésés. À force de vouloir aller plus vite que la musique, la tech s’est-elle habituée à naviguer en eaux troubles, voire carrément à flirter avec l’illégalité ? Quelles conséquences pour l’ensemble du secteur et, surtout, pour les créateurs ?
Une chose est sûre : ces affaires marquent un tournant. L’industrie est-elle prête à corriger ses travers, ou va-t-on continuer de considérer le contenu des auteurs comme un simple carburant pour l’innovation, sans redevance ni consentement ? Une compensation comme celle consentie par Anthropic préfigure-t-elle une future norme ou restera-t-elle une exception ?
Le cas Adobe fait ainsi écho à une crise de confiance croissante entre les créateurs de contenus et les compagnies technologiques. Peut-on encore croire à une intelligence artificielle éthique, respectueuse des œuvres humaines ? Ou bien la logique d’accélération et d’expansion l’emportera-t-elle sur les principes ?
Le jugement attendu dans cette affaire pourrait bien redéfinir les règles du jeu pour toute une génération d’outils IA. Est-il encore possible de bâtir une technologie de rupture sans sacrifier les droits des auteurs au passage, ou la boucle est-elle déjà bouclée ?
Source : Techcrunch




