Jusqu’où irons-nous pour rendre hommage à nos proches disparus ? L’espace peut-il devenir le nouvel horizon du deuil ? C’est en regardant le ciel étoilé que Ryan Mitchell, ancien ingénieur chez Blue Origin et NASA, a trouvé l’étincelle qui allait donner naissance à sa startup, Space Beyond. Mais comment une simple question existentielle s’est-elle muée en une entreprise spatiale aux ambitions si singulières ?
Tout a commencé lors d’une cérémonie d’obsèques familiale, au moment précis où le rituel s’achève et où l’on se demande, à voix basse : « Et maintenant ? » Face au sentiment d’inachevé du dispersement des cendres, Mitchell s’est interrogé : et si on pouvait faire mieux ? Dans son esprit, la solution s’est dessinée : envoyer les cendres dans l’espace, là-haut, parmi les étoiles elles-mêmes. Mais cette idée est-elle accessible à tous ? Jusqu’ici, les vols commémoratifs proposés par des entreprises pionnières coûtaient plusieurs milliers de dollars, un luxe réservé à quelques privilégiés.
Pour casser cette inaccessibilité, Space Beyond mise sur une stratégie radicale : utiliser le format CubeSat, ces minisatellites standardisés, et embarquer jusqu’à 1000 portions infimes de cendres humaines dans un seul vol partagé à bord d’un SpaceX Falcon 9. Peut-on vraiment démocratiser l’espace du souvenir, avec une offre démarrant à seulement 249 $ ? La méthode de Space Beyond est-elle différente à ce point des autres ? Ce prix révolutionnaire est notamment possible, explique Mitchell, parce que la startup fonctionne sans aucune levée de fonds et n’a pas pour objectif « de prendre une part du gâteau funéraire. »
Space Beyond chamboule les codes du deuil en rendant l’espace, jusque-là inaccessible, abordable pour un large public.
Mais, pour assumer ce coût uni, une concession de taille s’impose : chaque participant n’enverra qu’un seul gramme de cendres dans le CubeSat, afin de maximiser le nombre de clients par mission. Est-ce suffisant pour satisfaire la dimension symbolique recherchée par les familles ? D’autant que la durée de la commémoration a une limite : le satellite, livré en orbite à 550 kilomètres d’altitude, restera dans l’espace seulement cinq ans avant de se consumer dans l’atmosphère terrestre. Cette fin flamboyante, à défaut d’être visible, serait-elle une forme de consolation poétique et universelle ?
Autre point capital : les cendres ne seront jamais dispersées dans l’espace, évitant ainsi tout risque de pollution orbitale. Est-ce que le simple fait de savoir qu’une petite partie d’un être cher voyage au-dessus de la planète suffit ? Grâce aux outils de suivi satellitaire, les familles pourront en tout cas repérer chaque passage du CubeSat au-dessus d’elles, créant de nouveaux rites de connexion au ciel.
La démarche de mitchell est aussi atypique que réfléchie : après avoir envisagé de nombreuses alternatives professionnelles, il s’est laissé guider par son obsession grandissante pour ce projet à vocation autant technique qu’émotionnelle. Est-ce le futur des adieux, entre symbole moderne et alternative humaine au deuil classique ?
L’espace va-t-il devenir l’ultime sanctuaire de la mémoire, ou cette nouvelle pratique restera-elle une curiosité de notre époque fascinée par l’infini ? Les mentalités sont-elles prêtes pour ce dernier voyage ?
Source : Techcrunch




