Que reste-t-il de l’humain, du style, du génie… entre les lignes de code et les courbes de capitalisation boursière ? La semaine a rimé avec hybridations improbables et techno-extravagances : du luxe augmenté par Vertu à l’IA super-meneuse d’ATV chez Scout AI, jusqu’à SpaceX et Tesla qui flirteront peut-être sous la lune Nasdaq — jamais la question de la “valeur” n’a été aussi pixelisée. Nos objets du désir, qu’il s’agisse de téléphones en cuir ou de robotaxis, n’attendent plus l’étincelle humaine : c’est l’intelligence — parfois artificielle, parfois actionnariale — qui fait feu de tout bois pour enflammer nos imaginaires… et nos portefeuilles.
Dans ce grand bal des annonces, chaque innovation semble jouer à “qui a la plus grosse (donnée)” ! L’assistant AI Hermes de Vertu, bardé de promesses executive-class, fait le mariole sur son trône de cuir pendant qu’au même moment, les robots de Scout AI apprennent la guerre en roulant dans la boue. Le hardware, désormais, n’est plus que la scène où l’algorithme fait son numéro : moins de performance brute, plus de “cousu main” logiciel. Mais derrière la brillance, la réalité tousse : le sur-mesure sent parfois le déjà-vu industriel (hello ZTE), l’audace se heurte à la panne du quotidien, et le caviar se révèle souvent… très Made in China.
Ce même effacement du “support” au profit du service agite la Silicon Valley, où chez Automattic-WordPress, la valse des dirigeants s’est transformée en hakka de golden parachutes. On s’octroie des privilèges scriptés façon plugin VIP, tout en criant à la faute grave pour masquer les vrais bugs : derrière les conférences et les procès juridiques, la transparence s’apparente à l’opacité d’un plugin mal écrit. Même stratégie chez OpenAI ou Anthropic, où chaque fuite d’agent IA alimente le storytelling de la puissance, brouillant subtilement la frontière entre incident technique et auto-promo virale.
Dans cette chaîne de métamorphoses, ce n’est plus l’objet, mais la narration technologique – démocrate ou autocrate selon les jours – qui décide qui règne, qui gouverne… et qui reste dans la niche.
Même la santé canine y passe : la révolution connectée s’immisce dans l’EverBowl de Hoomanely, qui transforme la gamelle en vigie de santé. Les humains font pareil : on parle d’educ-tech à la sauce Adobe Student Spaces, d’auto-pilote robotaxi signé Mobileye ou de streaming à la fois littéraire et auditif chez Spotify. Même combat : la techno s’immisce à chaque interstice pour nous promettre gain, confort, prévention, et même de la lecture synchronisée entre papier, pixels et oreilles. Reste qu’à force de forcer la main à la magie, on finit parfois par briguer la place du prestidigitateur sans jamais être sûr de son propre tour.
Là où la rationalisation algorithmique semble vouloir tout dompter — du management opaque au drone quad-piloté —, la vraie question reste toujours la même : qui programme qui ? À l’heure où chaque agent, produit, action ou mise à jour brandit le progrès en bannière, un simple bug (politique, éthique ou technique) et tout l’édifice vacille. Que ce soit dans le cuir d’un Vertu “Hermés-isé”, la greffe Muskienne Space-X-Tesla, ou l’IA du Super Bowl qui s’invite entre deux touchdowns, le storytelling prend le pas sur le réel, le code sur la sagesse, et la hype sur la prudence. La question n’est plus de savoir qui dirige la tech, mais comment la narration (ou la faille) façonne nos choix… et jusqu’où nous sommes prêts à parier sur une magie qui, bien souvent, s’invente elle-même.




