Le cinéma, l’éducation, les marchés de quartier et même vos dernières baskets : voilà le nouveau quadriptyque de la vie numérique, orchestré, scénarisé et monétisé par la grande famille des IA. À voir la façon dont Letterboxd s’épanouit en place de village cinéphile, il n’est plus question de simple divertissement mais d’un énième chapitre dans cette colonisation totale du goût et du commerce par l’algorithme-roi. Même les studios s’agenouillent devant la data populaire, comme si le nouvel Oscar du public ne se jouait plus sur tapis rouge mais sur une API.
Dans la file d’attente côté start-up, ça ne chuchote plus, ça prie pour ne pas se faire avaler tout cru par les monstres de la Silicon Valley. L’exemple de la belle Fragment raflée par Sierra rappelle qu’en Europe, on élève de jolis petits veaux d’IA… qui finissent steak à l’américaine sous le regard gourmand d’OpenAI et consorts. Osons la question : n’assistons-nous pas à la standardisation façon McDo du génie européen, où l’innovation locale devient le condiment du burger global ?
Côté e-commerce, l’autre grand spectacle se joue chez Shopify : la symbiose IA-petite boutique s’institutionnalise, on ne parle plus d’intelligence ni même d’artificiel, mais de technologie doudou qui personnalise tout (vos recherches, vos choix, vos erreurs de goût incluses) au point de vous réconcilier avec les papis du marché… Sauf que cette fois, c’est une IA qui empaquette vos commissions, les marchands trinquent en chiffres et le commerce de niche refait surface, plus algorithmisé que jamais. Les IA négociatrices d’Anthropic enfoncent le clou : chacun croit bénéficier du meilleur deal, mais la vérité est souvent ailleurs, tapie dans les lignes de code invisibles qui gèrent nos petites angoisses consuméristes.
Sous le vernis de la personnalisation, l’uniformisation avance masquée : la technologie nous promet l’expérience sur-mesure tout en taillant nos existences dans le prêt-à-porter d’une IA mondialisée.
Et si l’avènement des avatars IA éducatifs était l’étincelle ultime : celle où, des bancs d’Harvard jusqu’aux bootcamps les plus chics, l’accompagnement personnalisé vire à la chorégraphie automatisée ? On y va pour le coaching sur-mesure et on repart avec un polaroid de l’enseignant synthétique qui vous félicite – sourire figé inclus. Le professeur est mort, vive l’assistant virtuel : l’illusion de l’humain n’a même plus peur d’effacer l’original. La spontanéité devient un bug, l’émotion un effet spécial, et la transmission du savoir un abonnement premium, payable par carte en trois fois sans frais.
Dans ce monde, tout s’achète et se négocie, sous la houlette d’une IA qui ne se contente plus de vous observer : elle vous note, vous marchande, vous éducate et vous critique, tout à la fois. Cinéphile, étudiant, commerçant ou rêveur, la prochaine scène dépendra de votre algorithme préféré — mais le générique de fin, lui, est déjà écrit. À méditer : quand tout est optimisé, qui reste-t-il pour rêver ?




