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Credits image : Taylor Vick / Unsplash

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Data Center, Data Spleen ? Quand le cloud fait grincer les dents

« On dit que les données sont l’or du XXIe siècle, mais qui veut vraiment d’une mine à côté de chez soi ? » Voilà de quoi méditer lorsque les centres de données, ces immenses cathédrales d’octets, souhaitent planter leur tente numérique au beau milieu de nos quartiers bien réels. Aux États-Unis, l’arrivée de ces géants connectés divise sérieusement la population. D’un côté, les promoteurs promettent gazouillis économiques et emplois tout neufs, de l’autre, une majorité d’Américains reste sceptique, assise sur sa réserve d’inquiétudes environnementales et énergétiques.

Shawmar Pitts, militant aguerri et résident de toujours du quartier Grays Ferry à Philadelphie, sait depuis longtemps que vivre à l’ombre de l’industrie peut laisser des traces… et même de gros nuages. Après avoir grandi près de la plus grande raffinerie pétrolière de la côte Est – fermée en 2019 suite à une explosion, histoire de poser l’ambiance – il a découvert que ces maux familiers dans son entourage portaient peut-être une adresse locale : la pollution de l’air.

L’engagement de Pitts n’est pas né d’un téléchargement de conscience éclair, mais d’une prise de tête très concrète autour d’une table de quartier avec l’association Philly Thrive. En découvrant que les maladies dans son entourage cochaient toutes les cases d’un flyer sur les effets toxiques de la raffinerie, il a plongé dans le combat écologiste sans passer par la case recyclage.

Les data centers promettent du progrès mais les habitants, eux, craignent surtout d’être les grands perdants du deal numérique.

Aujourd’hui co-directeur de Philly Thrive, Pitts pilote la campagne “No Data Centers in Philly”, car deux sites sont déjà pressentis pour accueillir ces mastodontes digitaux, dont Grays Ferry, son quartier chéri. Malheureusement, Philadelphie n’est pas la seule à faire la grimace : un peu partout, les habitants de villes déjà marquées au fer industriel montent au créneau, comme s’ils avaient développé une allergie sévère à la promesse d’un nouvel eldorado plein de serveurs chauffants et de ventilateurs bruyants.

Les opposants, emmenés par Sonya Sanders de Philly Thrive, préviennent : « Nous ne voulons pas de pollution, pas de bruit, et sûrement pas de jobs de passage ! » Après avoir déjà payé le lourd tribut de l’industrialisation (la famille Sanders a perdu un membre à cause d’un cancer rare, qu’elle attribue à la raffinerie voisine), ces militants voient rouge — ou plutôt gris, couleur smog. Leur crainte ? Que les data centers, voraces en énergie, ne deviennent les nouveaux géants pollueurs, aux côtés de leurs ancêtres pétroliers et gaziers, surtout qu’on envisage aux États-Unis une consommation de gaz supérieure à celle de l’Allemagne et du Japon réunis d’ici 2035. De quoi donner le vertige… ou le tournis énergétique.

Certes, le gaz naturel est un brin moins polluant que le pétrole, mais il reste un champion de l’effet de serre. Chaque data center pourrait générer, d’après les estimations, des millions de tonnes de CO2 chaque jour : ça commence à faire beaucoup pour des machines qu’on rêve souvent “dans le cloud”. Et lors des canicules, la consigne serait même de privilégier les moteurs diesel internes aux centres de données plutôt que de grever le réseau électrique, rajoutant ainsi leur pierre à l’édifice du réchauffement climatique.

Moratoire par-ci, moratoire par-là : New York, Denver, Indianapolis, Charlotte, Asheville… les villes commencent à mettre le holà sur ces projets numériques, le temps d’évaluer (en vrai, avec des chiffres et des enquêtes) ce qu’ils impliquent pour la santé, l’eau, l’électricité… et l’oreille des riverains. À Philadelphie, une centaine d’habitants ont déjà manifesté devant la mairie pour clamer haut et fort que leur quartier, ce n’est pas le Metaverse : « Il faut une vraie volonté collective pour que notre voix pèse plus lourd que l’intelligence artificielle », conclut Pitts.

Alors, si les data centers veulent s’installer incognito, qu’ils n’oublient jamais : chez nous, la confidentialité… c’est aussi une question d’environnement !

Source : Techcrunch

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