De la fintech épicée à l’aspirateur lessivé : l’innovation, ce marathon sous tension

Illustration originale : Evan Iragatie / Flux

Edito
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De la fintech épicée à l’aspirateur lessivé : l’innovation, ce marathon sous tension

Si l’on devait écrire un roman contemporain en six chapitres, chacun dédié à une folie technologique de notre temps, on commencerait sans doute par Scapia, la licorne indienne qui mélange le paiement, le voyage et le capital-risque comme on secoue un cocktail molotov d’usages numériques. À l’autre bout du spectre, on ajouterait une pincée d’intelligence artificielle qui conçoit des puces électroniques en forme de donut, histoire de prouver que même dans le silicium, plus personne ne veut bosser à la chaîne. Entre ces extrêmes, la promesse d’un assistant personnel IA à tous les étages – du frigo au compte bancaire – et la lutte entre Tesla et Base Power pour électrifier nos garages, sans oublier le cimetière technologique garni de Roombas et d’e-bikes rincés par la “réalité du marché”. Le seul véritable fil rouge ? L’angoisse chronique de la saturation : saturer le marché, les circuits, les batteries… ou la patience des investisseurs.

Le comble de l’ironie : alors qu’on célèbre le génie de Ricursive Intelligence, capable de confier à l’IA le design des puces qui feront tourner nos prochaines IA domestiques, on apprend que Meta rêve d’en coller une dans la vie de chaque citoyen lambda (vous en voudrez, que vous le vouliez ou non). Inutile de demander leur avis aux réseaux électriques, déjà stressés par la prolifération des data centers ; désormais, chaque assistant IA réclamera sa dose de kilowatts, un peu comme cet ado insatiable qui laisse la lumière allumée dans toutes les pièces. Il n’est donc pas surprenant que le stockage d’énergie devienne l’arène la plus hype de la Silicon Valley, où les VPP (centrales virtuelles) transforment nos garages en bastions du kilowatt citizen.

Ce doux chaos industriel trouve une illustration parfaite dans le destin tragique d’iRobot, Rad Power Bikes et Luminar, incarnant une tech qui s’essouffle faute d’avoir su voir – ou concevoir – le prochain virage (les Roomba sont fatigués). Trop centrées sur leur produit phare, peu agiles face aux mutations manufacturières, elles ont oublié que l’innovation est un marathon, pas un sprint suivi d’une sieste dans la poussière du premier succès. Pendant ce temps, d’autres (coucou Scapia ou Ricursive) dessinent déjà “l’après”, jouant du machine learning ou du gamification bancaire, là où les vieux acteurs repoussent les échéances à coup de levées de fonds ou d’accords avortés.

Sous toutes ses formes, la technologie ne tolère ni la routine, ni la saturation : elle exige adaptabilité créative et vision écosystémique, sauf à finir aspirée dans le passé.

Pourquoi tous ces univers s’entrechoquent-ils avec tant de violence ? Car l’innovation qui conquiert la maison, nos usages quotidiens et notre imagination (Scapia, IA sur-mesure), finit immanquablement par défier les limites physiques de la planète et des infrastructures : électricité, matières premières, capacité à gérer les déchets de nos succès puis de nos échecs (osez regarder dans le placard à gadgets !). Vouloir une IA omniprésente pour chacun, ce n’est plus un débat sur l’opportunité, c’est une injonction consumériste qui grignote les marges financières, énergétiques, logistiques – et surtout l’illusion d’un progrès infini à coût zéro.

Alors, laquelle de ces tensions l’emportera ? La quête d’un usage toujours plus intégré dans nos vies – style super app à la Scapia – ou la résilience numérique et énergétique imposée par des infrastructures qui tirent déjà la langue ? Ce qui est certain : dans la grande maison de la tech, chaque révolution du salon (assistant IA, batterie connectée, robot ménager) prépare déjà la prochaine crise de nerfs – ou le prochain gâchis industriel. Dans le banquet technologique d’aujourd’hui, il ne suffit plus d’apporter son “killer app” ou sa giga-batterie : il faut aussi penser au plat de résistance, et veiller à ne pas finir, comme les Roomba, directement aspiré par la tuile.

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