« Quand on croit investir dans du solide, mais qu’au final, c’est du réacteur en papier mâché… »
Si vous avez un déjà-vu, vous n’êtes pas seul ! Entre startup nucléaire et fusion de sociétés, la saga Deep Fission ressemble à un feuilleton où le scénario se répète, mais avec plus de suspense financier que d’action atomique. La jeune pousse aux ambitions titanesques de réacteurs souterrains pour centres de données IA nous rejoue le coup de l’introduction boursière… Mais attendez, ce n’était pas déjà fait, ça ?
Retour rapide en septembre dernier : Deep Fission annonçait déjà une entrée en Bourse, via une fusion un peu renversée (ou « reverse merger » pour les intimes, c’est-à-dire qu’on fusionne avec un coquillage coté en Bourse plutôt que de tenter la grande porte). Hélas, ce coup était, lui aussi, un peu trop virtuel : si la start-up s’est bel et bien retrouvée avec des obligations dignes de la SEC, aucune action n’a jamais été effectivement cotée. C’est un peu comme installer une porte blindée dans Minecraft : ça donne l’illusion, mais la sécurité réelle, c’est autre chose.
En réponse aux curieux (dont TechCrunch), Deep Fission a invoqué le sacro-saint « silence radio« de la période pré-IPO. Mais ce nouveau tour de passe-passe boursier est bien plus classique, puisque la firme vise un vrai ticket d’entrée au Nasdaq, pour lever jusqu’à 157 millions de dollars et s’offrir une valo XXL à 1,66 milliard. Oui, pour une PME qu’on peinait à financer l’an dernier à hauteur de 15 millions. Si le nucléaire, c’est l’art de faire beaucoup à partir de pas grand-chose, cette surenchère boursière suit-elle la même logique ?
Le nucléaire de demain carbure parfois plus à la hype des investisseurs qu’à la radioactivité…
Mais attention, les feux de l’action ne voilent pas les vraies casseroles : le dossier de mai est encore moins optimiste que celui de décembre. Deep Fission recule la promesse de son premier réacteur à l’horizon flou, et la fameuse « criticalité » espérée pour juillet 2026 a disparu des radars. Côté finances, le gouffre se creuse : entre mars et aujourd’hui, le déficit a grossi de 32 millions de dollars, et la réserve de cash fond à vue d’œil.
Bon, point positif, la foreuse a enfin été sortie du garage, histoire d’aller tâter le sous-sol avec un premier puits, certes bien chétif (8 pouces de diamètre, on n’accueillera pas encore de TGV nucléaire là-dedans). Mais pour parvenir au niveau industriel, il faudra des trous de 30 à 50 pouces de large et un mile de profondeur. Même les spécialistes du pétrole font la grimace devant cette ambition « troublante« (littéralement).
Alors, sous le vernis médiatique, pourquoi ce nouvel élan ? S’est-il passé un truc énorme depuis décembre ? Mis à part une levée de fonds à 80 millions (merci Blue Owl et leur MOU qui n’engage pas à grand-chose), rien de bien transcendant. On pourrait croire à un secret bien caché dans les tréfonds du S-1… Mais soyons lucides : c’est surtout la vague de confiance qui porte le nucléaire (et le portefeuille qui frétille) qui explique ce grand saut. Pour preuve, X-energy, un concurrent, vient d’entrer en Bourse, mais lui vend déjà de l’énergie et coche plus de cases réglementaires.
Moralité, avant d’investir dans Deep Fission en espérant voir la lumière nucléaire… Mieux vaut garder sa dose de scepticisme. Parce qu’entre la promesse d’énergie du futur et le grand trou d’aujourd’hui, il y a parfois un fossé plus profond qu’un puits de forage ! Alors, avant que leur capital ne s’évapore, espérons qu’ils trouvent vraiment le bon filon. En attendant, leur projet, c’est surtout un trou dans la raquette… ou dans la Terre !
Source : Techcrunch




