Un nuage d’assistants connectés plane sur nos têtes, prêt à s’emparer de chaque recoin de notre quotidien : Alexa+ enfile la cape du couteau suisse digital, tandis que ChatGPT ouvre la foire aux applications conversationnelles sur son App Store maison. Derrière l’efficacité promise surgit une drôle de mélodie techno-sociétale : nos existences se réécrivent ligne de code après ligne de code, mais qui compose vraiment la partition ?
Tandis qu’Alexa propose de réserver votre hôtel, appeler un bricoleur et, demain, choisir la texture de votre tapis selon l’humeur du jour, ChatGPT vous fait miroiter des apps pour tous les caprices surgis au creux d’une conversation. À les voir se chamailler ainsi la gestion de nos données et de nos envies, c’est à croire que l’intelligence artificielle se rêve marraine numérique, omniprésente et omnipotente, transformant l’internet des objets en véritable « assistant-of-things ». Plus le confort s’installe, plus l’attachement à l’appli mobile flanche : le smartphone n’est déjà plus qu’un intermédiaire parmi d’autres sur l’autel de nos comportements.
Pendant que Alexa et ChatGPT se bousculent pour devenir nos majordomes numériques, la vidéo IA de Google (Veo 3.1) ambitionne d’automatiser nos histoires, nos visages et nos souvenirs, apportant la promesse d’un storytelling clé en main aussi vertical que la tendance TikTok – à se demander si l’on ne doit pas, bientôt, demander la permission à l’IA pour apparaître dans sa propre vie. Et le besoin de sécurité, alors ? Qu’à cela ne tienne, les startups comme Guardio s’apprêtent à mettre une alarme derrière chaque vibe-codeur distrait, dénonçant la transformation de la créativité algorithmique en passoire à phishing – mais avec humour, histoire d’adoucir le scanner.
Les frontières entre assistance, création, sécurité et surveillance se dissolvent dans l’illusion du tout-numérique intuitif.
Le tableau se noircit encore avec l’affaire Ring x Flock, où « sécurité » rime surtout avec « surveillance ». Quand la techno promet la tranquillité au prix d’un consentement collectif à l’œil omniscient, que reste-t-il de notre vie privée ? Entre Ring n’ayant jamais brillé par ses pratiques et Flock déployant l’arme de la reconnaissance automatisée pour toutes les autorités anxieuses, serons-nous demain simples figurants dans la base données algorithmique du « bien commun » ?
L’époque applaudit chaque nouveau plugin, chaque API salvatrice ou chaque caméra « rassurante », mais derrière le vernis prometteur restent suspendues les questions lourdes : qui orchestre ce ballet d’assistants ? Qui garantit que l’atout pour notre confort ne se transforme pas en piège pour notre autonomie ? Pendant que le numérique nous tient de plus en plus la main, il serait peut-être temps d’interroger le prix (et le sens) de cette mainmise algorithmique sur nos vies. Car à force de déléguer à des assistants, veillons à ne pas devenir, collectivement, les assistants bénévoles de la grande machinerie de la data.




