De la montre au trône : la grande boucle de la techno-surveillance

Illustration originale : Evan Iragatie / Flux

Edito
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De la montre au trône : la grande boucle de la techno-surveillance

Big Brother n’a jamais eu autant de jouets connectés sur son arbre de Noël – et surtout, il surveille désormais tout, du poignet à la cuvette, en passant par la portière de taxi. À l’ère du « quantified self », nous voilà équipés comme jamais : une Google Pixel Watch 4 brillante pour compter nos pas (et nos siestes), un robotaxi Waymo alias Ojai qui sait mieux dire bonjour que nos voisins, et, cerise sur le gâteau, une caméra Kohler Dekoda pour surveiller notre digestion… De quoi se demander si la prochaine révolution tech n’est pas celle de l’intimité sous haute surveillance, armée de capteurs, radars et même de micro-essuie-glaces sur roues.

Mais comment s’étonner ? L’industrie nous vend la santé, la performance et la praticité, à coups de notifications et d’algorithmes censés prédire notre niveau de « readiness » (ou notre envie d’aller aux toilettes). Avec la Pixel Watch 4, la frontière entre gadget de sport, accessoire de mode et dispositif médical s’efface doucement : la smartwatch n’est plus simplement l’extension de notre smartphone, elle ambitionne de devenir l’expert de notre biorythme, l’arbitre de nos calories, le chef d’orchestre de notre quotidien – jusque dans nos moindres pas et (désormais) nos moindres… selles.

À côté de cela, le robotaxi Ojai tente de rendre la technologie invisible en changeant de nom comme on change de slip, pour flatter l’identité locale, masquer ses origines chinoises et parler à notre subjectivité occidentale un brin susceptible. Derrière le sourire algorithmique du robotaxi, ce sont les mêmes radars, caméras et lignes de code qui orchestrent le ballet de nos données. De la montre à la voiture autonome, tout converge : chaque pan de notre vie doit devenir « datafié », encapsulé dans des silos interopérables du cloud californien. Rien d’étonnant, alors, si les géants de la tech – Nvidia et Groq en tête – s’arrachent le pouvoir de contrôler nos flux, qu’ils soient cérébraux, digestifs ou simplement sociaux.

La technologie moderne promet la liberté par la surveillance, mais nous enferme dans une cage de verre toujours plus brillante, polie… et monétisée.

La high-tech creuse son lit dans l’immédiateté : la recharge express de votre montre répond à l’instantanéité du robotaxi et au temps réel de l’analyse de vos selles. Où s’arrête le service, où commence la servitude ? Groq propose de rendre l’IA dix fois plus performante – mais qui l’utilise ? Les machines nous connaissent-elles déjà mieux que nous-mêmes ? Ils ne veulent pas seulement nos données : ce sont les métadonnées de nos métadonnées, jusqu’à l’empreinte de notre transit, qui attisent la convoitise. Et on voudrait nous faire croire qu’un nouveau branding, de Pixel à Ojai, suffit à apaiser nos angoisses existentielles…

Reste à savoir si dans cette course effrénée vers l’optimisation de tout, le génie de la tech ne va pas finir par se prendre les pieds dans le tapis de nos paradoxes : réclamer toujours plus de vie privée, tout en célébrant chaque nouvelle caméra dans nos toilettes. Peut-être que le progrès aujourd’hui tient moins à la précision des capteurs qu’à l’épaisseur de notre consentement – ou de notre aveuglement ? À force de vouloir tout mesurer, ne risque-t-on pas de s’y perdre, jusqu’à abdique notre singularité pour une existence algorithmique parfaitement prédictive… et tellement ennuyante ?

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