Que peut-il arriver lorsqu’une startup d’intelligence artificielle chinoise, acclamée par les investisseurs américains, décide de s’échapper du giron de Pékin pour se vendre à Meta – tout cela dans le contexte de la guerre technologique féroce entre la Chine et les États-Unis ? Est-il possible de couper le cordon avec l’Empire du Milieu sans conséquences ?
L’histoire de Manus commence avec un succès fulgurant : une vidéo de démonstration au printemps dernier propulse la jeune pousse sur le devant de la scène mondiale. Elle y vante ses prouesses, prétendant surpasser même les avancées américaines dans l’IA. Très vite, Silicon Valley entre dans la danse : Benchmark injecte 75 millions de dollars, valorisant Manus à 500 millions, provoquant les cris d’alarme d’élus américains inquiets de voir l’adversaire chinois profiter du savoir-faire et du capital des États-Unis. Était-ce le début d’un engrenage géopolitique inévitable ?
Pour accélérer son internationalisation, Manus déménage discrètement de Pékin à Singapour, restructure son capital, puis finalise la vente à Meta pour deux milliards. La multinationale américaine promet alors de couper tout lien avec les anciens investisseurs chinois, et la startup ferme ses activités en Chine. Manus tentait-elle un exil stratégique destiné à l’affranchir de l’appareil d’État chinois ?
La fuite des talents et des technologies éveille les pires craintes des autorités chinoises, déterminées à garder Paris sur leurs “jeunes pousses” de l’IA.
Pour Pékin, ce phénomène a même un nom : « vendre les jeunes pousses », comme si la meilleure graine du pays partait prématurément à l’étranger, emportant avec elle ses secrets et son génie. Comment la Chine pourrait-elle accepter cela, elle qui a déjà montré ses muscles face aux géants locaux, n’hésitant pas à briser des fortunes ou à évincer ceux qui critiquent la ligne du Parti ? L’épisode Jack Ma, disparu des radars après quelques reproches contre les régulateurs, reste gravé dans toutes les mémoires du secteur.
Ce n’est donc pas un hasard si, selon le Financial Times, les fondateurs de Manus ont été convoqués par la puissante Commission nationale du développement et de la réforme. Interdiction formelle de quitter le territoire, soupçons de violation de la législation sur l’investissement étranger : la sanction tombe, même si aucune accusation officielle n’est, jusque-là, prononcée. Routine de contrôle ou intimidation ciblée ?
Meta et Manus croyaient-ils vraiment pouvoir tourner la page aussi facilement ? Un exode propre, sans représailles, reste à prouver. Alors que la chasse aux cerveaux et la compétition technologique battent leur plein, pensez-vous que la Chine laissera filer ses meilleures pépites sans se battre ?
Source : Techcrunch




