Comment une jeune pousse peut-elle faire chavirer l’industrie de la défense, habituellement si frileuse à l’innovation externe ? C’est la question que pose cette levée de fonds record de Nominal : 80 millions de dollars supplémentaires, valorisant la startup californienne à un milliard. Mais que cache cette ascension fulgurante, et pourquoi tant d’investisseurs réputés veulent-ils parier gros sur cette entreprise ?
Nominal, fondée il y a tout juste trois ans et demi, développe un logiciel à destination des ingénieurs hardware afin de simplifier et fiabiliser le test de leurs conceptions. Simple outil technique, ou cheval de Troie pour révolutionner des secteurs ultra-stratégiques ? Dédiée à l’origine à la défense, la plateforme s’est rapidement imposée : quatre des cinq plus grands groupes du secteur lui confient déjà leurs projets critiques. Comment une si jeune société a-t-elle réussi à convaincre les géants historiques de la défense ?
Derrière ce succès, on retrouve le parcours atypique de Cameron McCord, ancien officier de sous-marin dans l’US Navy et figure passée par Anduril, une autre étoile montante de la tech militaire. La boucle est-il bouclée, ou faut-il voir dans ce pedigree l’ébauche d’un nouveau complexe militaro-numérique ? Le fait que Trae Stephens, à la fois co-fondateur d’Anduril et associé du fonds Founders Fund (lead de ce dernier tour), soit à l’origine du deal ne laisse pas indifférent. Y a-t-il risque d’entre-soi, ou au contraire, garantie d’une connaissance fine du secteur par ses investisseurs ?
Nominal attire les plus grands noms de la tech comme de la défense, mais jusqu’où son modèle peut-il s’étendre hors de ce cercle restreint ?
Le plus intrigant, c’est la stratégie d’expansion annoncée. Nominal promet de franchir les frontières du secteur défense et de s’attaquer à l’industrie automobile, à la robotique et à l’énergie nucléaire. Ses premiers clients hors défense sont déjà prestigieux, comme le team Corvette Racing (Pratt Miller Motorsports) ou la société Antares dans le nucléaire. Est-ce le signe d’une future domination de tous les secteurs industriels critiques par des outils made in California ? Ou rencontrera-t-elle les résistances d’industries moins prêtes que la défense à se remettre en question ?
La vague d’investissements – de fonds aussi puissants que Sequoia, General Catalyst, Lux Capital ou Lightspeed – interroge elle aussi. S’agit-il d’un simple engouement pour l’innovation logicielle, ou d’une prise de position stratégique, voire politique, dans le contexte actuel de compétition technologique globale ? Le timing, enfin, n’a rien d’anodin : face à la montée des tensions géopolitiques, la technologie de test et de validation automatisée d’équipements n’a jamais été aussi vitale.
Nominal se présente donc à la croisée des mondes : défense, logiciels de pointe, industries traditionnelles. Mais une question demeure : ce modèle est-il duplicable à d’autres secteurs stratégiques, ou Nominal devra-t-il adapter radicalement sa recette pour conquérir de nouveaux marchés ?
Source : Techcrunch




