A statue of a person with a broken head

Credits image : Steve A Johnson / Unsplash

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Faut-il accepter une “preuve d’humanité” numérique ?

Comment distinguer l’humain du robot dans un monde numérique où l’intelligence artificielle se glisse partout, même dans notre quête amoureuse et nos achats de billets de concert ? C’est la question à laquelle Sam Altman et son projet World, porté par la société Tools for Humanity, ont répondu lors d’un événement à San Francisco. Pourquoi ce besoin grandissant de prouver notre humanité, et dans quels domaines ce nouveau système d’identification souhaite-t-il s’imposer ?

Derrière cette ambition : la promesse d’une authentification rapide, fiable et… anonyme – du moins, selon les annonces des créateurs. Si World cherche à s’intégrer dans des domaines aussi variés que les applications de rencontre, la billetterie, ou encore l’entreprise, faut-il déjà s’inquiéter des risques ou plutôt se réjouir d’une sécurité renforcée ? Alors que l’équipe de World met en avant sa technologie basée sur le cryptage de l’iris via son fameux Orb, une sphère high-tech qui transforme nos yeux en identifiants… Peut-on croire à cette révolution sans y perdre notre intimité numérique ?

Les premiers terrains d’expérimentation ne laissent pas indifférents. Tinder sera bientôt la première grande application à arborer la fameuse “preuve d’humanité”, après des essais jugés concluants au Japon. D’autres ambitions émergent : protéger la billetterie des concerts contre les robots revendeurs, garantir que nos signatures électroniques ou nos réunions vidéo ne soient pas confiées à des faux profils générés par IA… mais ces solutions touchent-elles vraiment leurs cibles ou relèvent-elles pour l’instant du marketing spéculatif ?

À l’heure où l’IA rend floue la frontière entre l’humain et la machine, le “proof of human” peut-il devenir une norme sociale acceptée ?

La stratégie de World a toutefois ses limites : l’obligation d’effectuer un scan oculaire, parfois dans des endroits peu pratiques, a ralenti l’expansion. Face à ce frein, la société multiplie désormais les points de vérification dans les grandes villes américaines et propose même de déplacer ses sphères Orbs à domicile. Suffit-il cependant de rendre la technologie plus accessible pour assurer son adoption massive, alors même que la collecte de telles données biométriques suscite la méfiance, voire la crainte ?

Afin de calmer les angoisses et d’accélérer l’acceptation, World différencie désormais plusieurs niveaux de vérification : le scan Orb, l’identification par carte NFC et, pour les plus prudents, la simple “selfie vérification”. Toutefois, les experts rappellent que la vérification par selfie a déjà largement montré ses limites face au spoofing, et qu’il s’agit d’une sécurité minimale.

Quant à l’intégration avec des entreprises comme Zoom ou Docusign, ou à la délégation d’un World ID à un “agent” numérique, cela ouvre la porte à une nouvelle gestion de nos identités en ligne. Mais face à ces innovations, n’est-on pas en train de déléguer une part de notre identité à des sociétés privées ? Où s’arrête le progrès et où commence la perte de contrôle sur nos données les plus intimes ?

Influence, ambitions mondiales, collecte de données biométriques : si World accélère, c’est aussi sous le feu des critiques. Après avoir tenté de rallier des artistes majeurs à sa cause, la société a déjà dû démentir un partenariat prétendu avec Bruno Mars, révélant le brouillard marketing qui enveloppe ces annonces spectaculaires.

Alors, avons-nous véritablement besoin d’une « preuve d’humanité » pour chaque aspect de notre vie numérique, ou ne faisons-nous qu’ouvrir la porte à d’autres formes d’emprise technologique ?

Source : Techcrunch

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