« La santé, c’est comme Google : on croit avoir trouvé la réponse, mais parfois, il vaut mieux cliquer sur le lien du médecin. » Voilà qui résume bien le casse-tête auquel font face patients et professionnels, à l’ère de l’IA bavarde. Mais attention, demander à ChatGPT de diagnostiquer une angine, c’est risquer d’en ressortir avec un pronostic plus douteux qu’une page Wikipedia non sourcée.
Dr. Sina Bari, chirurgien aguerri et chef de file IA chez iMerit, en rit (jaune) : un de ses patients a carrément imprimé une conversation ChatGPT, lui expliquant qu’un des médicaments prescrits avait « 45% de risques d’embolie pulmonaire ». Un chiffre effrayant, mais surtout, sorti tout droit d’une étude sur des personnes atteintes de tuberculose… donc totalement hors contexte. Merci, docteur ChatGPT !
Mais que nenni : Dr. Bari ne boude pas son plaisir lors de l’annonce de ChatGPT Health. Cette version spéciale, à venir sous peu, promet des échanges privés, sans que vos confessions médicales ne soient recyclées pour entraîner l’IA. On peut même connecter ses applis santé favorites, de MyFitnessPal à Apple Health, et envoyer ses résultats sanguins en un clic. Parfait, ou problématique ?
Entre confidentialité et hallucinations numériques, la santé 2.0 joue les équilibristes — et ce n’est pas toujours rassurant.
Côté cybersécurité, Itai Schwartz, spécialiste en prévention de perte de données, ne cache pas ses inquiétudes : « Du jour au lendemain, on transfère des données médicales de structures ultra-sécurisées vers… des plateformes qui le sont beaucoup moins. » Les régulateurs risquent d’avoir du pain sur la planche. Mais côté grand public, le train a déjà quitté la gare : plus de 230 millions de personnes consultent ChatGPT chaque semaine pour des soucis de santé ; exit Doctissimo, vive l’IA !
L’IA en santé, c’est aussi le royaume de l’« hallucination » : quand votre robot vous affirme que la grippe se soigne au jus de céleri (on plaisante… à peine). Selon certains modèles, GPT-5 serait même plus sujet à ces fameuses erreurs que ses concurrents. Pourtant, des géants comme Anthropic suivent la tendance et dévoilent aussi leurs solutions médicales pour patients et médecins.
Face à la pénurie criante de médecins aux États-Unis, certains experts préfèrent le pragmatisme : « Attendre six mois pour un rendez-vous réel, ou parler à un robot maintenant ? » interroge le Dr. Nigam Shah de Stanford. Et si le vrai pouvoir de l’IA n’était pas de remplacer les soignants, mais de leur mâcher les corvées administratives, histoire qu’ils voient plus de patients ?
Des outils comme ChatEHR, en expérimentation à Stanford, permettent déjà aux médecins d’extraire en clin d’œil des infos cruciales des dossiers électroniques. Chez Anthropic, c’est l’administratif côté mutuelle qui passe à la moulinette, promettant des gains de temps (et d’énergie) notables pour tous. Mais, une question subsiste : la santé appartient-elle à la tech ou au serment d’Hippocrate ? Pas sûr que ce soit le grand amour entre les algorithmes et les stéthoscopes…
Comme le glisse malicieusement Dr. Bari, être médecin, surtout à l’ère du numérique, c’est savoir garder une bonne dose de scepticisme. En somme, si l’IA veut entrer dans la salle d’attente, elle ferait bien d’apporter son carnet vaccinal à jour et une classique ordonnance… d’humilité.
Source : Techcrunch




