Qu’est-ce qui suscite cette frénésie d’investissements autour des startups d’IA capables de créer et d’améliorer leurs propres puces ? Le secteur des semi-conducteurs est-il sur le point de basculer vers un nouveau paradigme, où les machines prendront le contrôle de leur propre évolution matérielle ?
Ricursive Intelligence, une startup californienne, vient de lever la coquette somme de 300 millions de dollars, propulsant sa valorisation à 4 milliards. Mais comment expliquer qu’une entreprise à peine sortie de l’ombre il y a deux mois ait réussi à rallier à sa cause des investisseurs aussi prestigieux que Lightspeed et Sequoia ? Qu’est-ce qui attire autant de fonds dans cette course effrénée vers une intelligence artificielle qui conçoit elle-même son substrat informatique ?
Les fondatrices, Anna Goldie et Azalia Mirhoseini, sont loin d’être des inconnues dans le monde de l’IA. Anciennes chercheuses de Google, elles sont à l’origine d’AlphaChip, une méthode de reinforcement learning qui a déjà transformé la conception des TPU de Google. Peut-on imaginer que ces avancées vont désormais franchir un nouveau palier, celui d’une amélioration automatique des puces grâce à une IA « récursive » – autrement dit capable de se perfectionner sans intervention humaine ?
La compétition pour l’IA auto-réplicante s’intensifie, soulevant autant d’espoirs que de questions sur le contrôle humain.
Mais Ricursive n’est pas un cas isolé dans cette aventure technologique. D’autres noms retentissent déjà dans la Silicon Valley : Recursive, fondée par le spécialiste du traitement du langage Richard Socher, ou encore Unconventional AI de Naveen Rao, qui a levé près d’un demi-milliard de dollars récemment. Va-t-on assister à une escalation où chaque startup tente de développer l’algorithme ou le substrat matériel qui surpassera tous les autres dans cette quête d’une IA autonome et omniprésente ?
L’afflux de capitaux – provenant d’acteurs majeurs comme Nvidia via NVentures, Felicis, DST Global ou encore Radical Ventures – laisse entendre que la promesse de cette nouvelle génération de puces, évoluant à un rythme dicté par le logiciel et non plus par l’humain, séduit au plus haut niveau. Mais qui prendra la tête de cette révolution, et comment s’assurer que les machines ne nous doublent pas dans la course à la performance ?
À y regarder de plus près, cette vague d’innovations soulève aussi des inquiétudes : l’accélération extrême promise par la création de substrats intelligents ne risque-t-elle pas d’échapper à tout contrôle ? Que deviendront les garde-fous éthiques, alors que de plus en plus de startups misent tout sur l’autonomisation de la technologie ?
Le secteur est en pleine ébullition, et la frontière entre promesse et vertige s’efface un peu plus chaque jour. Assistons-nous à l’aube d’une ère où l’intelligence artificielle concevra ses propres outils d’émancipation, et sommes-nous prêts à en assumer les conséquences ?
Source : Techcrunch




