De la fusion au fiasco : chronique des promesses incandescentes de la techno-société

Illustration originale : Evan Iragatie / Flux

Edito
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De la fusion au fiasco : chronique des promesses incandescentes de la techno-société

Quelle étrange époque où l’on rêve de fusion nucléaire dans son grenier, tout en jonglant avec des cryptomonnaies qui promettent de détrôner les devises traditionnelles, tandis qu’un assistant vocal du nom de Siri risque, enfin, de trouver une voix plus intelligente grâce à l’IA – le tout sur fond de cocktails Molotov virtuels et réels, balancés sur les têtes pensantes qui façonneraient notre humanité future. Si la promesse technologique était, jadis, un horizon radieux qu’on observait avec admiration, elle ressemble désormais à une jungle saturée de narrations concurrentes, d’effets d’annonce et d’inquiétantes incertitudes sur qui aura, demain, le pouvoir de brancher et de débrancher nos existences connectées.

D’un côté, Apple s’apprête à faire défiler ses créateurs sur la scène de la WWDC 2026, s’affichant en maître de cérémonie d’une révolution de salon : l’IA centrale, Siri ressuscité, partenaires choisis sur l’air du pragmatisme plutôt que de la grandeur solitaire. La marque à la pomme multiplie les alliances avec OpenAI, Google et Anthropic, cherchant à raccrocher son camion à la caravane IA mondiale, trop contente de ne pas perdre la main. Ironique, alors même que Tether, pilier longtemps maudit de la finance crypto, tente aussi de réécrire son récit en s’exhibant sur les plateaux médias, lançant au passage un stablecoin “régulé” estampillé USA pour chasser sur les terres de la finance respectable…

Mais à l’heure où tout le monde, de Paolo Ardoino à Tim Cook, veut convaincre le monde de sa mission messianique, un malaise s’installe : la défiance grandit. Les leaders de la technologie ne sont plus des ingénieurs de l’innovation : ils sont devenus, à force d’opacité réelle ou fantasmée, des cibles de toutes les attaques, physiques ou symboliques. Il ne s’agit plus seulement de choisir la meilleure technologie ou le projet le plus révolutionnaire, mais de déterminer à qui, exactement, nous déléguons nos destins : une entreprise, une personne charismatique, ou une hydre réglementaire mondiale à la Tether, balayant tout sur son passage… sans qu’on distingue toujours la frontière entre manipulation narrative et brute réalité économique ou énergétique.

L’époque ne croit plus sur parole ni les prophètes, ni les technopapes : elle veille, soupçonne, questionne, s’époumone à redéfinir le sens du progrès à mesure que chaque innovation promet la lune ou explose au visage de ses créateurs.

Au final, même lorsque l’on se tourne vers la fusion nucléaire – ce mythe moderne d’énergie “illimitée” qu’Avalanche Energy voudrait faire jaillir à coup de radiovoltaïques résistants pour l’armée et, peut-être un jour, le civil (“La fusion nucléaire peut-elle délivrer (enfin) sa promesse d’électricité illimitée ?”) –, le doute persiste : la technologie tiendra-t-elle ses promesses, ou s’agit-il d’un nouvel outil de pouvoir pour clients triés sur le volet ? L’électricité, le code, la monnaie, la gouvernance : tout se mêle dans un théâtre où l’innovation n’est plus une avancée collective, mais un casting permanent pour désigner les prochains maîtres d’un monde qui ne sait plus très bien à quelle sauce il veut être programmé, énergisé ou tokenisé.

Chacun à leur manière – Apple sur scène, Tether en conférence, Sam Altman sous les projecteurs (ou les cocktails incendiaires), Avalanche dans les laboratoires militaires – nos “faiseurs de futur” révèlent surtout notre difficulté à accepter que l’innovation n’est pas l’affaire de génies solitaires mais d’une société qui rechigne à déléguer, et dont la question cruciale n’est plus : « Peut-on ? » mais « Où s’arrêtera notre confiance ? ». Tant pis pour la solennité : la grande transformation qui s’annonce ne sera ni propre, ni fluide, ni universelle. Elle sera disputée, bruyante, parfois explosive, mais n’en déplaise à la silicon valley, désormais, tout le monde exige d’avoir son mot à dire.

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