Écoutez, Payez, Pointez : la (fausse) révolution du tout-pilotable et du moins-intelligent

Illustration originale : Evan Iragatie / Flux

Edito
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Écoutez, Payez, Pointez : la (fausse) révolution du tout-pilotable et du moins-intelligent

Quelle semaine pour la tech ! Nous voici au cœur d’une époque où les machines veulent non seulement nous écouter, mais aussi gérer notre fric, protéger nos palettes, voire écrire enfin quelque chose d’un peu “hot” (non, OpenAI, on ne parle pas d’une nouvelle documentation Python). Du contrôle vocal à l’industrialisation intelligente, ce qui s’impose, c’est surtout la volonté dévorante d’intégrer l’IA partout — et de la rendre… soyeuse, omniprésente, cash-friendly. Mais derrière le glam, les promesses dorées et les buzzwords, peut-on sérieusement croire à une révolution “propre” alors que chaque nouvelle annonce ressemble à une tentative de passer la techno au forceps dans nos vies ?

À mesure que l’assistant vocal se généralise (l’invasion d’Alexa+ sur tous les canaux — et pour pas un rond chez les Prime-addicts), la voix s’infiltre partout. Mais à quoi bon ce nouvel élan vocal, alors qu’on continue de jongler avec des interfaces imparfaites, des assistants capricieux, et des solutions à la Speechify qui, malgré leurs annonces tonitruantes, peinent à dépasser le stade du gadget pour Gmail ? Serions-nous en train d’assister à la naissance d’une fausse “révolution douce”, où chaque étiquette, chaque app et chaque enceinte connectée servent d’appât pour taper plus fort sur la donnée et la fidélisation à tout prix ?

Pourtant, pendant que la Silicon Valley rêve d’assistants au long cours, les pirates, eux, se contentent d’agents IA qui orchestrent des allers-retours entre cybercriminels et ransomwares, brouillant la frontière entre autonomie technique et manipulation humaine (opération JadePuffer). Rien de bien reluisant dans ce théâtre d’ombres où la sophistication des attaques rime avec efficacité automatisée. Dans le même temps, on promet des paiements toujours plus fluides, que ce soit via WhatsApp, prêt à brancher ses 500 millions d’Indiens sur du PayU, ou via une IA qui gère elle-même son “salaire” sur Replit grâce à Visa. Et sans oublier la logistique, avec des étiquettes Bluetooth “autocollantes” pour pister votre tequila et la prochaine cargaison de vos rêves perdue entre deux entrepôts (merci Samsara).

Sous le vernis hype de l’intelligence ambiante, la tech laisse filtrer son vrai projet : rendre nos gestes, nos achats et même nos faiblesses monétisables, fichables, et, surtout, rentables.

Mais la véritable ironie, c’est que pendant que la pomme muscle son MacBook façon fusion nucléaire pour générer des gigawatts de créativité (merci M5 Fusion), le terrain de la bataille se déplace là où on ne l’attend pas. La startup indienne Sarvam, elle, mise sur l’IA “edge” pour mettre de l’intelligence sur des téléphones à touches, là où le réseau est absent et l’interface aussi basique qu’un grille-pain. De l’autre côté, l’Europe ou les US se pâment pour un “mode adulte” pour ChatGPT qui promet, puis recule, devant la maturité… Ce sont donc les régions ignorées ou les usages “cheap” qui réinventent la disruption, pas la course au plus clinquant ou au plus premium.

Quand on gratte le vernis de l’innovation vocale, de la data-chasse, des paiements IA et du Pixel glorifié, on découvre une obsession : séduire tous azimuts pour capter la voix… et la voie royale vers nos usages, notre attention et nos portefeuilles. Mais si la techno ne sert, in fine, qu’à reproduire plus vite les réflexes des acteurs traditionnels — surveillance, verrouillage, surenchère — la vraie révolution risque bien de venir de là où on ne l’attend plus : un bouton sur un Nokia à 40 euros, ou une étiquette pour ne plus “perdre” ce qui compte vraiment. À trop vouloir contrôler la voix du futur, nos géants risquent de rater le murmure du présent.

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