« Les ordinateurs font tout ce qu’on leur dit, à condition que vous leur parliez en binaire… ou en charabia ! » Que les férus du correcteur orthographique se rassurent : chez Google, l’intelligence artificielle n’a toujours pas validé son brevet de spelling bee – la célèbre compétition d’orthographe américaine. En effet, selon la récente AI Overview made in Google, il y aurait deux “P” dans Google. Quant à “journalisme”, la pauvre discipline a été renommée “j-o-u-r-n-a-d-i-s-m”. Bref, la révolution algorithmique a encore du pain sur la planche avant d’épeler ses propres promesses !
Quand le géant de Mountain View décide de truffer sa page d’accueil d’IA générative, ce n’est pas pour faire des dictées mais pour donner un coup de boost au bon vieux moteur de recherche. À la clé, plus de réponses, plus vite. Sauf qu’au lieu de répondre “combien de ‘r’ dans ‘poop’”, voilà que Google se plante dans la mare des fautes de frappe numériques, transformant le président Trump en “trpum” (vraiment pas facile à élire, ce t-r-p-u-m !). On croirait assister à un sketch d’élèves dissipés, mais cette fois, c’est la machine qui rend copie blanche.
Pas besoin d’être devin pour prévoir que cette nouvelle version toute “AI forward” de Google Search n’allait pas recueillir tous les suffrages. L’ajout d’AI Overviews avait déjà prouvé sa capacité à sortir des perles : citations satiriques d’articles du Onion, conseils culinaires douteux (colle sur la pizza, quelqu’un ?), et maintenant des définitions plus farfelues qu’éclairées. Avec sa volonté de tout repenser autour du génératif, Google semble oublier que parfois, trop d’IA tue l’IA… et l’orthographe avec.
La morale ? Même les IA surpuissantes maîtrisent moins le b.a.-ba que le référencement.
Ces bourdes ne sont pas le fruit du hasard mais d’une mécanique bien “tokenisée” : les fameux LLMs (Large Language Models) comme celui de Google ne lisent pas les mots lettre par lettre, mais les découpent en blocs ou “tokens”. Pour l’IA, un mot, une syllabe ou une lettre, tout ça finit transformé en une suite de chiffres incompréhensibles pour nos cerveaux humains. Résultat : demander combien de “R” dans “strawberry” à une IA, c’est comme interroger votre grille-pain sur la recette du soufflé. Elle va cramer la consigne !
Comme l’explique Matthew Guzdial, chercheur en IA, le secret réside dans l’architecture dite “transformer”, qui encode le mot “the” en une seule entité, sans même soupçonner l’existence de T, H, ou E. Difficile dans ces conditions de demander à la machine de compter, épeler ou même reconnaître les particularités de chaque mot. Et si des étudiants comme Sheridan Feucht sont plutôt fatalistes sur la possibilité de trouver le “tokenizer” parfait, c’est bien parce qu’il n’existe pas de recette miracle pour traduire la complexité de la langue humaine en équations binaires sans perdre quelques voyelles en route.
En vrai, est-ce grave pour l’avenir de l’IA ? Pas tant que ça, reconnaissent les chercheurs, puisqu’on n’attend pas de ChatGPT ou Gemini d’épeler nos guides touristiques… Mais ces échecs colorés rappellent avec humour que derrière l’illusion de l’omniscience, il y a encore un logiciel qui fait ses gammes entre deux fautes de frappe. Une bonne occasion de rappeler aux internautes de toujours relire les réponses de l’IA avant d’aller les coller dans un devoir (sauf si le sujet du jour, c’est la créativité orthographique !).
Alors la prochaine fois que Google tente l’orthographe, n’oubliez pas ce conseil : pour trouver le “P” dans Google, demandez à l’IA d’écrire “pardon” !
Source : Techcrunch




