« Les lunettes voient tout, mais voient-elles vraiment loin ? » C’est la question à mille dollars (ou plutôt à plusieurs milliards, vu le gouffre financier qu’elles représentent) qui hante encore les couloirs de la Silicon Valley, à chaque fois qu’on évoque les fameuses lunettes connectées. Promesse d’un futur où regarder son téléphone serait aussi ringard que les pantalons patte d’eph, ce rêve de geek n’a cessé de renvoyer les investisseurs à leurs chères pertes.
Depuis une décennie, lancer une start-up de lunettes intelligentes, c’est un peu comme jeter des billets dans un puits sans fond – mais sans la fontaine à souhaits. Même les géants comme Meta ont brûlé des montagnes de cash plus vite qu’on ne perd une chaussette dans la machine à laver, pour des profits qui tiennent plus du mirage que de la réalité. Chi Xu, patron de Xreal (anciennement Nreal), résume parfaitement la situation : « Tout le monde perd de l’argent ». Ce n’est pas une exagération, c’est presque un slogan de l’industrie !
Et pourquoi ce naufrage collectif ? Côté look, les utilisateurs ressemblent plus à des cyborgs du dimanche qu’à des héros de science-fiction. Rajoutez à ça un confort discutable, un intérêt logiciel tout aussi mince et une gêne sociale bien réelle… On comprend pourquoi ces lunettes finissaient plus souvent au fond d’un tiroir qu’au bout du nez. Pourtant, selon Xu, la marée serait en train de tourner : “On sent un basculement, l’inflexion serait proche”, s’enthousiasment aujourd’hui les insiders, motivés par des progrès matériels et un exemple qui fait tache d’huile.
Après avoir bu la tasse, l’industrie rêve d’un grand plongeon réussi.
Cet exemple, c’est Meta, qui avec Ray-Ban a réussi à faire passer ses lunettes avec caméra intégrée du statut de gadget coûteux à objet presque à la mode – même si, dans les coulisses, la division chargée des lunettes continue d’accumuler les dettes comme un collectionneur un peu trop ambitieux. Qu’à cela ne tienne, chez Xreal, on voit des signaux positifs partout. Avec son tout nouveau modèle Aura, la PME chinoise ose enfin y croire : cette paire de lunettes, câblée sur un mini-ordinateur de poche (nommé affectueusement “le puck”), est bardée d’écrans OLED pour regarder des vidéos HD, naviguer dans un Google Maps façon science-fiction ou même peindre des hologrammes invisibles pour les voisins de table au café. Et tout ça, grâce au tracking des mains et une flopée d’applications aussi ludiques qu’utiles… en théorie.
Certes, le “puck” à garder dans la poche fait un peu office de boulet technologique, mais la promesse est là : transformer n’importe quel lieu en bureau mobile, suivre une recette flottante en cuisinant ou mater un blockbuster sur écran géant virtuel dans son salon. “Ce n’est pas juste pour regarder la NBA version hologramme, c’est aussi pour bosser”, défend Xu. Et de glisser : aujourd’hui réservé aux développeurs, Aura débarquera en version grand public d’ici la fin de l’année, juste à temps pour faire briller les yeux (et vider les poches).
Derrière l’étincelle d’espoir se cache tout de même la réalité pragmatique : Xreal s’affaire à réduire ses coûts et à gonfler sa marge brute afin, peut-être, de viser l’équilibre l’an prochain et d’effectuer une entrée en Bourse avant 2026. Mais tout cela reste au conditionnel – la rentabilité n’est encore qu’un vœu pieux. Les lunettes intelligentes ont-elles enfin trouvé le modèle qui va leur aller comme un gant – ou bien, une fois de plus, la désillusion sera au rendez-vous ?
À ce stade, il est difficile de dire si ces futures lunettes rendront vraiment les smartphones obsolètes… ou si, finalement, elles feront juste un tabac auprès des collectionneurs de gadgets oubliés. En tout cas, pour les acteurs du secteur, la perspective de faire une bonne blague sur l’industrie reste, elle, à portée de vue : “Aura-t-on enfin une vision claire du futur ?”
Source : Techcrunch




