Les startups d’IA vidéo peuvent-elles vraiment transformer le paysage numérique, ou sommes-nous juste face à une nouvelle bulle ?
Higgsfield, un nom de plus en plus omniprésent dans le monde de la génération vidéo par intelligence artificielle, vient de réaliser un exploit financier rare : porter sa valorisation à 1,3 milliard de dollars après une extension de levée de fonds de 80 millions supplémentaires, soit un total de 130 millions dans sa série A. Mais qu’est-ce que cette start-up, fondée par l’ex-responsable de l’IA générative de Snap, Alex Mashrabov, promet de si révolutionnaire ? L’histoire de Mashrabov, déjà vendeur à Snap de son ancienne entreprise AI Factory, inspire-t-elle une confiance accrue dans le potentiel de Higgsfield ?
La croissance de Higgsfield pose question : comment, en seulement neuf mois d’existence, l’outil revendique-t-il déjà plus de 15 millions d’utilisateurs et un rythme de chiffre d’affaires annuel de 200 millions de dollars ? Alors que la plupart des nouvelles technologies peinent à s’imposer, cette montée fulgurante semble quasi-inédite, dépassant, si l’on en croit leur propre communication, des cadors comme OpenAI ou Slack à leurs débuts. Mais qui sont vraiment ces millions d’utilisateurs ? Des créateurs occasionnels ou déjà des professionnels aguerris des réseaux sociaux ?
« Higgsfield fascine autant par sa croissance que par les interrogations que suscitent l’usage massif et la viralité de ses contenus. »
En effet, le positionnement de la société interroge. Face aux critiques sur la “slop” générée par l’IA – ces contenus banals ou controversés produits à la chaîne –, Higgsfield tente désormais d’affirmer que sa plateforme vise avant tout les spécialistes du marketing digital. Un coup de communication pour éloigner le spectre du contenu douteux ? Pourtant, la viralité récente d’une vidéo mettant en scène des personnalités controversées sur l’île d’Epstein rappelle que l’outil sert aussi à créer du contenu polémique, au-delà de tout encadrement éthique. Peut-on vraiment maîtriser l’usage d’une technologie aussi puissante quand elle est mise à disposition de tous ?
À l’opposé, la plateforme met aussi en avant des usages plus “artistiques”, portant sur la mode ou sur des formats dignes d’Hollywood. Est-ce suffisant pour rééquilibrer la perception de ce type d’outil, ou n’y a-t-il pas un risque que ces créations soient noyées sous l’avalanche de “slop” viral et peu contrôlé ?
Le succès financier et l’engouement des investisseurs majeurs, tels que Accel ou Menlo Ventures, témoignent d’un pari massif sur l’avenir de la vidéo générative. Mais ces sociétés de capital-risque, souvent focalisées sur la rentabilité rapide, s’inquiètent-elles des possibles dérives ? Ou bien voient-elles simplement un eldorado numérique à exploiter, peu importe les coûts éthiques ou légaux ?
Face à cette nouvelle vague d’applications, n’est-il pas urgent de poser la question du cadre de régulation, notamment pour éviter que des outils comme Higgsfield ne deviennent des usines à fake news, à deepfakes ou à contenus diffamatoires qui pourraient nuire durablement à la confiance numérique ? Finalement, peut-on faire pleinement confiance à une industrie qui se développe à une telle vitesse ?
Source : Techcrunch




