Qu’est-ce qui fait qu’un phénomène de la tech, adulé un jour, tombe dans l’oubli le lendemain ? C’est la question qui s’impose lorsqu’on suit la trajectoire aussi fulgurante que fragile de Scott Rogowsky, l’ex-animateur vedette d’HQ Trivia, aujourd’hui quasi anonyme dans les allées du Comic Con de New York, bien qu’il s’amuse de ce statut avec son humour bien trempé. Peut-on réinventer le succès viral et surtout, qui s’en soucie vraiment ?
Surpris de voir son visage déclencher des « tu me dis quelque chose, toi… », Rogowsky ne s’offusque pas de cette gloire fanée. Sept ans plus tôt, difficile d’échapper à sa trogne si l’on jouait à HQ Trivia, ce jeu mobile live qui a réuni jusqu’à 2,4 millions de joueurs quotidiennement. Comment expliquer un tel engouement suivi d’un naufrage si retentissant ?
Si tout le monde – ou presque – se souvient du jeu et de ses récompenses mirobolantes, peu connaissent la recette du précipice : management dysfonctionnel, business model inexistant, direction clivante, overdose tragique d’un fondateur… Ce cocktail explosif a transformé une star de la tech en héros désabusé, confronté à la dure réalité post-viralité. Rogowsky lui-même a enchaîné les galères, du rêve avorté de baseball télévisé à la reconversion forcée dans la fripe vintage en Californie, jusqu’à une introspection salvatrice lors d’un stage en pleine montagne.
Faut-il vraiment tout perdre pour repartir de zéro et retrouver sa vraie “voix” ?
L’appel des projecteurs reste plus fort que tout. Rogowsky revient donc, armé d’une nouvelle appli baptisée Savvy, cofondée avec le designer Johan de Jager. Fini la trivia, place à un jeu de mots en live, TextSavvy, où l’on doit battre le maître en personne. L’animation complice de Rogowsky, déjà reconnue comme le vrai secret de HQ, y est remise au centre, prouvant que parfois, une personnalité peut valoir davantage qu’un jackpot.
Mais peut-on réussir sans le soutien massif du capital-risque ? Contrairement à HQ, financé à coups de millions, Savvy avance sur fonds propres. Les prix sont modestes, mais la pression aussi : moins de “burn” financier, moins de risques d’implosion soudaine. Rogowsky et ses associés préfèrent la croissance lente, quitte à viser la rentabilité plutôt que la Silicon Valley à tout prix.
Et le public, dans tout ça ? Pour l’instant, TextSavvy c’est 4 000 spectateurs les soirs de pointe. De quoi donner le vertige par rapport aux jours de gloire, mais aussi souffler une question : et si tout recommençait ici ? Après tout, HQ aussi a commencé petit. La persévérance permet-elle parfois de ressusciter une communauté autour d’un homme qui, loin de vouloir « sortir » par la grande porte, choisit juste d’être là, chaque soir, devant sa caméra ?
Rogowsky promet qu’« il n’y a plus de drame, personne pour le licencier, ni documentaire à scandale en vue ». Mais, dans cette nouvelle ère, est-ce encore possible d’inventer, sans se brûler les ailes, une tech du jeu plus responsable et durable ? La réponse dépend-elle du public ou de la ténacité d’un animateur passé maître dans l’art du comeback ?
Source : Techcrunch




