Un vent de défiance souffle sur la technologie cette semaine : qu’elle se glisse derrière le volant, se cache dans un ticket de concert ou prenne la forme d’un ludique univers pour enfants, une constante s’impose : la technologie raffole des promesses, mais trébuche dès qu’il s’agit de valeurs… et de responsabilités. Regardez Waymo, qui s’étourdit de chiffres vantant la prétendue supériorité de ses robotaxis sur de « simples humains », tout en multipliant rappels logiciels et excuses publiques pour n’avoir pas saisi qu’un bus scolaire, ça n’est pas (encore ?) une pub Playmobil déplacée au bord du trottoir. Le logiciel peut se mettre à jour, mais la confiance, elle, ne télécharge pas si vite.
Ce bégaiement numérique n’est pas l’apanage des voitures autonomes. La transparence, cette vertu effacée à coup de filtres CSS sur les plateformes de billetterie en ligne, nous a encore fait faux bond. Trois jours de « non-conformité » chez StubHub à l’occasion du calendrier NFL, quelques millions de dollars de pénalité plus tard, et voilà qu’on nous jure, main sur le portefeuille, que « tout va changer ! » Non, la dissimulation algorithmique des frais cachés n’a pas dit son dernier mot : le vrai spectacle est hors scène, la vraie compétition se joue entre ruse marketing et gendarme fédéral. Sommes-nous condamnés à voir la technologie perfectionner l’art de l’entourloupe plutôt que celui de la clarté ?
À l’autre bout du spectre, Netflix s’essaye lui aussi à la magie de la promesse : voici Netflix Playground, terrain de jeux sans pubs, sans achats piégés, sans mauvaises surprises — en tout cas pour les moins de huit ans (les plus grands continueront de subir les pop-ups et les hausses d’abonnement). Derrière le vernis éducatif et la promesse d’un espace sans danger, c’est toujours la course à la captation de l’attention, prémices d’un future où le gamer naît dans le berceau Netflix, biberonné à Peppa Pig version interactive. Entre course à la fiabilité des robotaxis et conquête du cerveau des enfants, la tech construit de nouveaux circuits — de transport, de loisir, de consommation — où l’on peine à distinguer progrès sociétal et expansionnisme silencieux.
À force de promettre l’impeccable, la tech trébuche sur l’imprévisible : l’humain, le loisir, la confiance.
Mais dans ce carnaval du « tout connecté », parfois, la machine ose une révolution utile, presque ingénue, loin des scandales et du tapage marketing. Voire Google s’offrir une batterie qui rouille dans le Minnesota : que la data center-mania s’alimente d’énergies vertes, grâce à de la poussière de fer et une pincée d’oxygène, voilà qui donne du relief à l’explosion des besoins électriques… et prouve, ironie ultime, que c’est sur de la vulgaire corrosion que la tech voudrait fonder sa crédibilité « verte ». Reste à trancher : ce nouveau génie des flux fera-t-il rouler nos taxis, tourner les consoles ou simplement embellir le bilan carbone des géants, sans s’attaquer aux bugs dont se nourrit la défiance ?
L’ère numérique, obsédée par la fiabilité, n’a de cesse d’avancer au pas de charge, corrigeant d’une main ce qu’elle dissimule de l’autre. Pour chaque bus scolaire évité de justesse, chaque frais réapparaissant dans les e-mails de facturation, chaque jeu pour enfant lancé le temps d’une course au supermarché, se pose la même question : innover, oui, mais pour qui, et à quel prix ? Si seule la batterie du progrès s’use pendant que la confiance rouille, la grande utopie tech restera toujours en version bêta.




