Pixel power, algorithme roi et planète KO : la tech, ce miroir trop brillant

Illustration originale : Evan Iragatie / Flux

Edito
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Pixel power, algorithme roi et planète KO : la tech, ce miroir trop brillant

Productivité, paiement, écologie, mobilité : derrière les buzzwords du jour se joue la vraie comédie humaine de la tech, où chaque gadget ou promesse n’est jamais que le reflet déformé de nos obsessions collectives. Entre la barre lumineuse du Busy Bar qui crie notre besoin d’attention au bureau et la quête planétaire d’Airwallex de simplifier la circulation de l’argent, chacun rivalise de technologie, transformant chaque moment de la vie quotidienne en science-fiction de salon, ou bien en économie du clic – qu’on le veuille ou non.

Mais la techno-bulle avance sans marcher sur l’eau : pendant qu’on promet la productivité ultime grâce à une LED arc-en-ciel qui clignote au rythme de nos réunions, les énergies sales carburent dans l’ombre du cloud. Google et Amazon se noient dans leurs propres émissions de CO2 pour faire tourner leur magie IA, creusant l’abîme entre le storytelling durable et la réalité du béton et du gaz. L’illusion d’une intelligence connectée et propre se dissipe, tandis que cette même IA devient le carburant d’une surenchère sans fin, aussi bien dans la mobilité (robotaxis japonais en quête de salut à coups de milliards comme Go) que dans les applications mobiles, où l’eldorado semble toujours plus fugace.

Et pour chaque leader, il y a son joker : Truecaller, autrefois le vigile des appels indésirables, se heurte aujourd’hui à une réalité où la publicité et les modèles économiques fondent aussi vite que la glace arctique sous data center. La promesse de l’IA intégrée dans les apps ? Un mirage pour la fidélité des abonnés, un jackpot à très court terme pour les investisseurs, mais un gouffre sur le long terme. On pousse à consommer de l’innovation, mais la lassitude gagne, les taux de désabonnement explosent. La productivité 2.0, c’est cette tentative éperdue de compenser la saturation technologique par plus de technologie, quitte à transformer l’espace de travail, les flux financiers, voire le simple acte d’appeler un taxi, en expérience pilotée par des bots et widgets aux mille notifications.

Sous les pixels, la déception : plus d’IA, certes, mais toujours moins de satisfaction et de durabilité.

Si la bulle SaaS commence à vaciller sous le coup des agents IA et de l’automatisation sauvage, c’est qu’il devient soudain évident que la technologie n’a plus seulement vocation à faciliter nos vies : elle les remplace méthodiquement, transformant le métier de commercial, de développeur, voire de simple usager, en espace de concurrence entre algorithmes et avatars gonflés de promesses. Rox, la start-up prodige du moment, joue au kamikaze sur le marché des vendeurs IA, prêts à dévorer tout ce qui ressemble à un vieux CRM – une bataille d’agents où chaque voix humaine en trop s’évapore dans le cloud, polluant au passage ce même ciel qu’on voulait préserver.

Ainsi va la moderne tragédie de la tech : la quête de simplification s’acharne à complexifier notre monde, l’obsession du gain se paie en déceptions, et la fable du progrès écologique se noie dans l’océan des data. L’intelligence artificielle, omniprésente et omnivore, fusionne désormais avec le moindre micro-marché ou bureau suréclairé, réécrivant nos priorités à coups de greenwashing et d’écrans lumineux. Faut-il alors choisir entre gadgetisme chromatique, IA omnipotente et planète malmenée ? Ou bien oser – pour une fois – décrocher, au sens propre comme au figuré ?

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