« Surveiller, c’est aimer ? » disait personne, jamais, mais cela n’a pas empêché Bryan Fleming de tenter de persuader le monde du contraire. Après tout, installer des logiciels espions sur l’ordinateur de son conjoint est sûrement un geste de tendresse… ou alors c’est juste illégal.
Notre héros (enfin, façon de parler) du jour, Bryan Fleming, créateur du très subtil pcTattletale, a récemment eu son moment de célébrité devant un tribunal fédéral — mais rassurez-vous, rien à voir avec une invitation au Met Gala. Verdict ? Pas de prison, juste une amende à peine plus chère qu’un iPhone haut de gamme : 5 000 dollars et « merci, au revoir, circulez ». Après avoir plaidé coupable d’avoir vendu son mouchard pas très discret pour des usages, disons, discutables, la justice américaine lui a réservé une tape sur les doigts.
Mais attendez, l’histoire ne se termine pas là. Si Fleming n’a pas été envoyé derrière les barreaux, il entre tout de même dans le livre des records : il s’agit de la première condamnation pour fabrication de spyware aux États-Unis depuis une décennie. Inutile de dire que les créateurs de stalkerware offshore transpirent déjà à grosses gouttes… ou alors ils surveillent encore ceux qui les surveillent.
Quand on joue avec l’espionnage, on finit parfois par se faire pincer — et tout le monde regarde.
Ce qui a vraiment piqué la curiosité des autorités, c’est que Fleming n’était pas une ombre à l’étranger, mais bien installé au pays des burgers et du jus d’orange, là où la loi peut effectivement taper sur les doigts. Les applications comme pcTattletale, ce qu’on appelle dans le jargon « stalkerware », sont conçues pour être installées subrepticement sur les appareils d’une personne (souvent un proche) et transmettre à distance messages, photos, géolocalisation et autres joyeusetés. Bref, votre vie privée avait autant de chances que la batterie d’un vieux Nokia : solide, mais pas invincible.
Les révélations sur pcTattletale ont atteint leur paroxysme lors d’une énorme fuite de données en 2024 : non seulement l’application espionnait à tout-va sans prévenir personne, mais ses failles de sécurité permettaient à n’importe qui sur internet de mater des captures d’écran à l’infini — et, cerise sur le gâteau, de découvrir les check-ins d’hôtels de parfaits inconnus. Fleming, maître du service après-vente, a ignoré les alertes sans sourciller.
Le karma n’aimant pas les voyeurs, pcTattletale s’est retrouvé dans l’œil du cyclone après un hack très public : site piraté, données effacées, et 138 000 clients exposés (moralement et techniquement). L’ironie ultime ? La plupart des « espions » lambda ignoraient eux-mêmes qu’ils étaient hackés ! Fleming aurait effacé toutes les données, mais ni les victimes, ni les clients n’ont véritablement eu droit à des explications.
Ainsi, pcTattletale rejoint d’autres applications de stalkerware bon marché, mises hors-circuit par des piratages ou l’action de la justice. Alors, la fin de la surveillance à la papa ? Pas si vite ! Le marché du stalkerware n’a pas dit son dernier mot, même si, à force de tout surveiller, certains risquent vraiment de se retrouver dans de beaux draps… de prison.
En résumé, si vous pensiez pouvoir tout voir sans être vu, souvenez-vous : les développeurs de stalkerware ne sont pas les seuls à avoir l’œil… la justice aussi sait appuyer sur « capture d’écran » !
Source : Techcrunch



