Pendant qu’Elon Musk joue à la roulette cosmique avec SpaceX en bourse et que Wall Street tangue comme un Starship mal arrimé, c’est toute la technosphère qui semble prise de vertige. Faut-il s’émouvoir de la volatilité des actions spatiales quand, simultanément, les robots surgissent des chaînes de montage (aux bras durs comme le silicium de Mind Robotics), prêts à coloniser nos usines ? On échange le rêve lunaire pour la réalité industrielle : à défaut d’avoir décroché la Lune, l’industrie s’offre une armée d’automates qui ne réclament ni sieste ni syndicat – mais qui lorgnent déjà la prochaine pause café.
Pour colmater les fissures de ce nouveau monde automatisé, on convoque l’assistant numérique ultime : Poppy, l’IA qui trie notifications et agendas comme un cerbère digital, promettant de « prêter attention » à notre place (comme si déléguer nos choix les plus basiques à une appli allait enfin nous rendre zen). Sauf qu’à trop filtrer la réalité, Poppy deviendra-t-elle notre sauveur ou l’ultime geôlier de notre attention ? À l’heure des chaînes robotisées, même notre cerveau cherche un « mode usine » pour survivre au flux permanent.
Mais fabriquer plus, traiter plus, inférer plus : c’est tout le mantra de la Silicon Valley dopée au capital, où Modal Labs incarne l’hypercroissance, levant les millions à la pelle pour accélérer l’inférence IA en mode champagne. C’est la nouvelle grande division : qui aura la plus grosse levée, le batch inferentiel le plus sexy, les datacenters les plus rutilants ? Le technocapitalisme se gave d’IPO cosmiques, de robots-jongleurs (sans saltos, cette fois), et d’infrastructures numériques qui carburent à l’énergie brute.
Sous le vernis high-tech, seuls les vendeurs de champagne et de mégawatts semblent avoir « cracké » le vrai business de cette ère robotique.
Car toute cette frénésie n’a qu’une faim : l’énergie. Le vrai grand gagnant est peut-être caché du côté de TerraPower, qui rêve d’alimenter l’IA à la sauce réacteur nucléaire. La promesse ? Des data centers capables enfin de satisfaire les boulimiques de calcul, tandis que l’Inde routière fait sa part avec River, promouvant le deux-roues électrique local à l’appétit industriel mondial. Entre IA gloutonne, robots usiniers, requins de l’inférence et scooters électriques format Bollywood, c’est tout un écosystème sous tension qui cherche son équilibre entre innovation utile, gadgets de foire et surchauffe énergétique.
Ultime ironie : à courir après l’agilité, l’automatisation et la dématérialisation, la tech de 2024 renouvelle en accéléré les vieux schémas tayloristes – avec, pour nouveaux ouvriers, des robots sans syndicat, des apps qui distribuent nos pauses, et des investisseurs prêts à transformer chaque gigaWatt en valorisation boursière. Reste à savoir si nous serons les chefs d’orchestre de cette symphonie automatisée, ou simplement les spectateurs ébahis d’un ballet robotique où la prochaine « révolution » industrielle tient aussi peu à la poésie qu’un salto sur une chaîne de montage.




