À quelle vitesse la Chine peut-elle rattraper, voire dépasser, les géants américains dans la course aux interfaces cerveau-ordinateur (BCI) ? Pendant que le monde entier surveille Elon Musk et son entreprise Neuralink, ou encore Merge Labs soutenue par OpenAI, un nouvel acteur venu de l’empire du Milieu attire aujourd’hui l’attention : Gestala. Mais pourquoi cette startup fait-elle tant parler d’elle en si peu de temps ?
Gestala, fondée par Phoenix Peng — un entrepreneur déjà rompu aux défis technologiques —, n’existe que depuis trois mois et pourtant, elle vient de lever 21,6 millions de dollars pour développer la première interface cerveau-ordinateur à ultrasons non invasive de Chine. Comment expliquer une telle effervescence autour d’un projet encore embryonnaire, valorisé entre 100 et 200 millions de dollars à peine deux mois après son lancement ? Est-ce la promesse d’une technologie disruptive qui séduit autant les investisseurs que les scientifiques ?
La société annonce d’emblée la couleur : elle veut s’attaquer à ce que tous ses concurrents redoutent, à savoir la chirurgie cérébrale lourde et risquée. Grâce à l’ultrason, Gestala promet d’accéder à des zones profondes du cerveau sans ouvrir un crâne. Cela pourrait-il enfin démocratiser ces technologies, jusque-là réservées à la recherche ? Quels obstacles techniques et éthiques restent toutefois à franchir pour que l’ultrason remplace les implants invasifs actuellement commercialisés par les Américains ?
« La Chine, forte de ses capacités industrielles et d’expérimentation clinique, compte bien rebattre les cartes mondiales du secteur BCI. »
Mais Gestala ne joue pas seulement la carte de la rapidité d’exécution. En travaillant main dans la main avec les plus grands hôpitaux chinois et en exploitant la puissance logistique du pays, la startup promet de diviser par cinq le coût de ses essais cliniques par rapport à l’Occident. Est-ce l’arrivée d’une nouvelle forme de « Silicon Valley » à la chinoise, capable d’exister face à la toute-puissance américaine ? Et quelles conséquences cette guerre d’industrialisation pourrait-elle avoir sur la protection des données cérébrales, un sujet encore tabou ?
L’autre aspect de la stratégie de Gestala, c’est la constitution d’une gigantesque base de données cliniques, surnommée « Ultrasound Brain Bank ». L’objectif ? Alimenter des IA capables de décoder les signaux neuronaux, de la gestion de la douleur chronique à la lutte contre Alzheimer. Faut-il s’inquiéter de voir ces informations médicales stockées à grande échelle, alors que les usages de la BCI restent en grande partie expérimentaux et peu régulés ?
Pour Phoenix Peng, il serait absurde de voir la recherche BCI comme un sport national. Il plaide, contre toute attente, pour une collaboration sino-américaine : la Chine offrirait la masse de patients pour les essais et les chaînes de production, tandis que les États-Unis apporteraient leur expertise académique et technologique. Mais ce vœu pieux résistera-t-il au contexte de tensions géopolitiques croissantes ? Le futur des interfaces cerveau-machine repose-t-il sur un nouvel équilibre de la diplomatie mondiale ?
À l’heure où le secteur fourmille de promesses — retour du mouvement chez les victimes d’AVC, espoir face à la dépression et à l’autisme, voire ralentissement des maladies neurodégénératives —, la question reste entière : qui imposera vraiment le modèle BCI dominant et à quel prix, sur l’humain comme sur le marché mondial ?
Source : Techcrunch




