Du Massachusetts à l’Ouzbékistan : quand la tech privatise tout, même la vie privée

Illustration originale : Evan Iragatie / Flux

Edito
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Du Massachusetts à l’Ouzbékistan : quand la tech privatise tout, même la vie privée

La technologie n’a jamais autant ressemblé à une arène romaine où robots, apps et géants de la donnée s’affrontent pour le divertissement – et le contrôle – des masses. D’un côté, le Massachusetts sonne, avec sa Consumer Data Privacy Act, l’offensive symbolique contre l’hégémonie des géants de la donnée. De l’autre, la Silicon Valley saute sur l’IA pour déclencher une pluie d’apps, toujours plus innombrables, malléables et difficiles à contrôler. Et pendant que la surveillance se privatise dans les étoiles, que la robotique rebat les cartes du travail manuel, et que l’Ouzbékistan joue les trouble-fêtes fintech avec Uzum, la frontière entre régulation, innovation et chaos paraît aussi mince que la ligne séparant l’utilisateur de la proie.

On croirait à une vaste stratégie coordonnée pour noyer l’individu sous des tsunamis simultanés : d’un côté, le Massachusetts tente d’interdire la revente de nos vies numériques… mais la machine à apps, dopée par l’IA (App-ocalypse), n’en finit plus de produire de nouveaux outils, dont nombre sont des passoires à données ou à crypto. Au-dessus de nos têtes, la privatisation de la surveillance spatiale fait du ciel un Far West où la “police orbitale” est désormais à la solde du meilleur investisseur (Surveillance spatiale). Dans ce contexte mouvant, c’est à se demander si l’on protège vraiment l’utilisateur ou si on brouille savamment les pistes : la technologie devient-elle simple outil d’émancipation, ou la matrice définitive de la surveillance distribuée ?

La réponse se joue aussi dans l’arène sociale : Meta, par exemple, n’attend pas que la loi statue sur le bien-fondé du pillage de données : il multiplie les communautés sur Threads pour que tout un chacun se sente enfin chez lui… tout en devant exhiber ses centres d’intérêt, badges d’engagement et discussions ciblées. Comme la privatisation du vide spatial, la segmentation communautaire maximaliste vise à fliquer plus finement les désirs, chaque innovation sur la “connexion” renforçant la traçabilité, de la planète aux étoiles. Pendant ce temps, la robotique “made in Rivian” façon Mind Robotics prône l’excellence de la main, promesse de modularité à la chaîne : même la production physique adopte la logique du plug-and-play à l’heure de l’API humaine.

Entre vie privée, automatisation manuelle et course à la super-app, la technologie ne réforme rien : elle s’infiltre partout, change d’apparence, mais garde la même soif d’accès, de contrôle et de capture.

Et voilà que l’Ouzbékistan, ce vieux carrefour des caravanes, se réinvente par la fintech et grille la priorité à l’Europe vieillissante, faute d’inertie ou d’imagination (Uzum). Les super-apps brassent la population adulte comme des jetons, ringardisent le cash, usinent le crédit et livrent le kebab plus vite que l’ombre du chameau. Entre l’omniprésence de la surveillance (étatique ou privée), la virtualisation de l’économie et l’enfantillage croissant des interfaces, la modernité ne promet pas tant de choisir sa technologie que d’être sans cesse choisie par elle : plus agile, plus insidieuse, plus élastique dans la captation de nos existences.

Que reste-t-il alors à l’humain dans ce ballet d’innovations qui prétendent le libérer, mais finissent surtout par redéfinir ses contours chaque matin ? D’une jungle de lois sur la vie privée à la jungle d’apps IA, de la robotique “handy” à la privatisation du vide sidéral, chaque frontière repoussée crée un nouvel espace d’ambiguïté, dont la société ne mesure encore ni la portée, ni la fragilité. Plus la technologie progresse, plus elle montre que la vraie disruption, c’est de savoir à qui sert réellement le progrès : au citoyen, à l’État, ou à la nébuleuse invisible des plateformes ? La réponse, pour l’instant, tient sans doute dans le creux d’une main… robotique.

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