Des IA partout, notre vie à louer (et nos données avec)

Illustration originale : Evan Iragatie / Flux

Edito
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Des IA partout, notre vie à louer (et nos données avec)

Big Data, IA mignonne, voiture espionne, paiement déguisé en fil d’actualité : cette semaine, la technologie n’a pas seulement investi nos vies, elle défie de plus en plus la frontière entre intime et utilitaire, entre l’utile et l’intrusif. Si MoEngage rêve d’un marketing cousu sur-mesure grâce à des agents IA tapissés dans nos historiques et nos comportements, Venmo s’emploie à transformer chaque transaction en moment social où s’exposent nos petits achats et où payer, c’est d’abord briller dans la vitrine communautaire. Mais au fond, sommes-nous en train de consommer ou d’être consommés ?

L’économie du profilage, menée tambour battant par ces nouveaux géants de la personnalisation algorithmique, semble n’être qu’un (énorme) prétexte à la collecte de données. Que ce soit par un assistant IA façon Tamagotchi chez Meta ou grâce au chatbot pipelette de Google Live, la règle du jeu reste la même : donner plus, lier plus, s’exposer davantage. Les avatars IA deviennent attachants, nos paiements s’humanisent à coup de bitmojis, mais dans les coulisses, c’est une économie de la trace — trace de nos goûts, de nos accents, de nos directions et dorénavant même, de notre façon de freiner.

N’était-il pas prévisible que ce business florissant de la donnée finisse par s’emmêler dans les pneus des voitures connectées ? General Motors l’a appris à ses dépens : enfermé dans le nuage OnStar, le conducteur n’est plus qu’un échantillon comportemental, jugé en temps réel et mis aux enchères sur le marché de l’assurance – jusqu’à ce que la loi vienne à la rescousse, temporairement. Faut-il alors saluer une victoire de la vie privée ou déplorer un simple contretemps sur le tracé inévitable du tout-numérisé ?

La techno, plus proche de nous que nos amis, nous promet la personnalisation absolue — mais à quel prix pour notre consentement, notre intimité et notre capacité à dire non ?

Ce qui se dessine, c’est une nouvelle géographie du pouvoir dans laquelle l’intelligence artificielle opère comme agent double : elle nous simplifie la vie (notre agenda, nos notes, nos transactions) tout en complexifiant la gestion de notre identité numérique, atomisée entre mille services, mille profils, mille pseudo-bénéfices sur-mesure. Entre les services qui nous veulent “curieux” (coucou Venmo), ceux qui nous veulent “assistés” (greetings Gmail Live) et les autres qui nous veulent “inspirés” par des IA-mascottes, avons-nous encore espace pour réfléchir, ou sommes-nous déjà passés du statut d’utilisateurs à celui d’usagers — littéralement usagés, pressés jusqu’à la dernière donnée ?

Les beaux discours sur la magie de l’IA, la facilité conversationnelle ou la transparence “nouvelle génération” cachent mal une vérité grinçante : à chaque nouvelle promesse de confort ou de créativité, nous remisons un peu plus notre capacité à nous soustraire aux logiques de l’automatisation douce, et à voir poindre – sous le vernis du fun et de la praticité – l’obsession grandissante de tout prédire, tout orienter, tout mesurer. L’ère de la technologie sympathique est née ; le doute, lui, doit rester notre meilleur réflexe d’hygiène digitale.

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