« La donnée, c’est le nouveau pétrole. Mais chez Uber, c’est aussi le nouveau taxi ! » Voilà comment on pourrait résumer l’ambition étonnante et un poil malicieuse de la licorne devenue mastodonte : transformer ses millions de voitures en véritables « aspirateurs à données » pour les besoins de l’intelligence artificielle et des véhicules autonomes.
Interrogé sur scène lors d’un événement TechCrunch à San Francisco, Praveen Neppalli Naga, le CTO d’Uber, a confirmé que l’entreprise voit bien plus loin que le simple transport de passagers. Son rêve? Bardez les voitures des chauffeurs humains de capteurs pour enregistrer chaque virage, chaque freinage, chaque pigeon qui traverse la chaussée — et revendre toute cette précieuse expérience de la jungle urbaine aux fabricants de voitures autonomes… mais aussi à tous ceux qui ont soif de données réelles pour entraîner leurs IA.
Pour l’instant, la chose reste un MVP, comme on dit dans la Silicon Valley : Uber ne collecte de la donnée que via une petite flotte de véhicules bardés de capteurs, opérés en interne. Mais imaginez le potentiel si même 10% de ses millions de voitures partenaires devenaient des sentinelles de la data sur roues ! Waymo, Tesla et consorts auraient de quoi voir rouge (et orange fluo sur la carte de chaleur de leurs dashboards…).
Uber veut passer du covoiturage à la collecte massive de données — quitte à vous emmener jusqu’à l’ère de la voiture sans conducteur sans jamais quitter votre siège passager.
Selon Naga, la technologie n’est plus vraiment le problème des voitures autonomes. Le vrai frein, c’est le manque de données variées : or, avec ses conducteurs connectés et sa présence mondiale, Uber se rêve déjà en incontournable fournisseur de situations urbaines improbables, de croisements animés à l’heure de pointe ou d’abribus surprises. Un comble, quand on se souvient que la firme avait enterré ses propres projets de robotaxi… pour finalement offrir la clé de la ville à tous ceux qui rêvent de rouler sans mains.
La stratégie est cocasse mais futée : Uber, qui aurait pu devenir obsolète à force de vouloir rester « humain », se glisse ainsi dans la peau du levier de données pour tout un écosystème. D’ailleurs, pas question de faire payer tout de suite : « Notre but, c’est de démocratiser l’accès à ces informations », assure Naga. Mais bon, tout le monde sait que la démocratie des datas, ça finit généralement sur un joli business plan ou un investissement stratégique pour garder la main sur ses partenaires.
Déjà, Uber trousse des deals avec 25 entreprises spécialisées dans le véhicule autonome, du Londonien Wayve à des start-up high-tech, et bâtit la première « AV cloud » de données labellisées, prêtes à servir de terrain de jeu virtuel aux algos de demain. L’idée ? Proposer aux développeurs de tester leur IA en « shadow mode » grâce à de vrais trajets — le tout sans prendre le risque d’effrayer mémé sur le passage piéton.
Alors, après avoir rêvé d’être le Google des VTC, Uber s’imagine désormais en Google Street Data — mais sur roues. Comme quoi, à défaut d’avancer en mode autopilote, Uber sait encore donner un sacré coup de volant à son modèle économique. La prochaine fois que vous direz à votre chauffeur « Vous pouvez fermer la fenêtre ? », sachez que c’est peut-être surtout la sienne (de données) qui vous fera voyager… dans le futur.
Source : Techcrunch




