Surveillance, vitesse et contrôle : l’éternel bal masqué de la tech mondialisée

Illustration originale : Evan Iragatie / Flux

Edito
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Surveillance, vitesse et contrôle : l’éternel bal masqué de la tech mondialisée

À travers l’hystérie collective que suscitent à la fois la régulation de l’intelligence artificielle, les révélations sur la surveillance logicielle, et le bouleversement des chaînes de sous-traitance mondiale, une question obsédante traverse la tech contemporaine : la technologie cherche-t-elle la vitesse pour la seule vitesse, ou bien cache-t-on derrière ses soubresauts faussement vertueux une lutte darwinienne pour le pouvoir et la rente ? Chaque nouvel épisode, de l’appel à ralentir l’IA à la fermeture d’Opendoor en Inde, sonne le glas d’un progrès qui prétend se réguler tout seul, quand il n’aspire, au fond, qu’à préserver ses marges à coups d’algorithmes et de rationalisations.

On le voit dans la course effrénée à l’automatisation et la robotisation du travail : l’IA débarque sur tous les fronts sous couvert d’optimisation, mais chaque pseudo-pause stratégique – comme celle orchestrée par Sam Altman ou les industriels qui réclament plus de temps et de contrôle – sent davantage la gestion de crise que le remords d’apprenti-sorcier. Ce même balancement entre innovation et sécurité irrigue tout le secteur : la surveillance soi-disant « by design » vantée par la startup Integrate pour les contrats de défense, ou les remous judiciaires autour de la géolocalisation sous mandat exposent cette danse perpétuelle du chat et de la souris entre régulateurs, industriels, États et espions de bureau – légaux ou non.

Ainsi, la vraie modernité ne réside plus tant dans le code que dans la capacité à simuler la maîtrise et l’autorégulation. Les firmes du « quick-commerce » en marché indien, qui jouent la carte d’une qualité rassurante pour séduire une classe moyenne en quête de confiance, aspirent elles aussi à édicter leurs propres normes sous couvert de répondre à des besoins sociaux, tout en maintenant la pression concurrentielle. Mais derrière cette façade qualitative, la logique reste la même : contrôler la chaîne de valeur. Là encore, proximité ne veut pas dire transparence – et la morale de l’histoire n’a pas changé depuis pcTattletale : surveiller sans entrave, quitte à se faire pincer par la justice ou les hackers.

Chaque révolution technologique redessine la frontière du contrôle sous couvert d’innovation, mais c’est toujours l’utilisateur lambda qui passe à la caisse du compromis.

Cette dialectique du contrôle se joue à tous les niveaux : la justice américaine met au pas la police et ses mandats de géolocalisation trop zélés, pendant que la Silicon Valley ferme ses back-offices offshore pour investir dans des équipes réduites automatisées, tout en jurant la main sur le cœur défendre « la vie privée » et « l’intérêt général ». Dans le même temps, la start-up qui propose la collaboration ultra-sécurisée pour les militaires et les industriels privés devient la coqueluche de la tech, tandis que les espions amateurs de pacotille finissent devant les tribunaux. L’histoire est toujours la même : une main revoit la régulation, l’autre accélère la disruption… et le citoyen ne sait plus à quelle zone confuse de confidentialité et de transparence il appartient.

Au fond, si la technologie persiste à faire semblant de ralentir au nom de l’éthique, pendant qu’elle redessine en coulisse toutes les chaînes de production, la vraie rupture ne sera ni algorithmique, ni fonctionnelle : elle sera politique, sociale et existentielle. Reste à savoir si la société acceptera éternellement que les décisions cruciales sur la surveillance, la délégation à l’IA ou la nouvelle économie de la confiance soient accaparées par quelques pontes du secteur, ou si l’on peut espérer un renversement, une nouvelle alliance entre utilisateurs, législateurs, et défenseurs des droits face à la grande illusion du progrès auto-régulé.

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