“Plus de bugs, moins d’alibis : quand la tech se regarde dans l’œil de Sauron”

Illustration originale : Evan Iragatie / Flux

Edito
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“Plus de bugs, moins d’alibis : quand la tech se regarde dans l’œil de Sauron”

Dans le grand théâtre des technologies contemporaines, chaque acteur s’empresse de masquer ses cicatrices derrière des paillettes numériques, oscillant entre la promesse d’un progrès vertigineux et la crainte d’un contrôle omniprésent. D’ailleurs, comment ne pas voir un fil rouge entre la vigilance paranoïaque des sénateurs américains face à la CIA et l’appétit frénétique des start-ups à sécuriser nos vies – jusqu’à transformer chaque maison en forteresse algorithmique façon œil de Sauron ? Derrière la modernité triomphante de l’IA, une même angoisse sourde : qui surveille le surveillant ? Et qui, finalement, se rassure en croyant dompter cette boîte de Pandore numérique ?

Pendent ce temps, pendant qu’un sénateur lance son énième “Wyden siren”, suppliant que l’on prête attention à d’obscurs fantasmes de surveillance d’État, l’industrie de la tech, elle, préfère l’agitation spéculative : on s’enthousiasme devant l’intelligence artificielle qui, chez Mozilla, traque les bugs ancestraux oubliés des développeurs, on applaudit les milliards injectés par Elliott dans un Pinterest qui rêve de recommander des canapés avec plus de précision qu’il n’a réussi à recommander des recettes de cupcakes. La confiance, dans ce ballet algorithmique, n’est plus donnée aux hommes mais négociée auprès des modèles ; attention, les bugs sortent de l’ombre, mais à qui profite la lumière ?

Dans cette tempête, certains géants comme Salesforce s’offrent une acquisition d’IA pour des milliards, dénonçant à demi-mot la limite de l’humain pour industrialiser la relation client. L’IA débarque aussi sous la forme de voix décomplexées via ChatGPT Voice : on parle désormais à sa machine comme à sa psy, et on accepte que la chose exécute, classe, corrige… sans répit, ni pause café. Ce n’est plus l’utilisateur qui navigue la tech, c’est la tech qui orchestre l’utilisateur – et son intimité, au prix d’un “ok, je comprends tout, exécute”.

Ici, la technologie grignote chaque biais, chaque espace, chaque désir, pour que tout soit fluide, connecté, efficient… et potentiellement surveillé.

Ce que l’on observe, c’est cette grande convergence des obsessions modernes : sécurité totale, personnalisation addictive, promesse de l’efficacité ultime et vertige du contrôle. Même le secteur automobile autrefois symbole de liberté se transforme en arène de la recharge éclair où l’expérience de la borne rapide devient un test de résilience des promesses techno – à la clé, toujours plus de données à échanger, à trier, à sécuriser (ou à monétiser). Et si l’horizon spatial semble plus vierge, Letara et autres startups ne rêvent que d’y projeter la même voracité algorithmique, hybridant même les moteurs avec du plastique pour propulser leur vision jusqu’aux étoiles – tout plastique recyclable, tout secret exportable.

Alors, vers quoi glissons-nous ? D’un simple swipe sur une vidéo Disney+ verticalisée jusqu’à l’épingle dorée d’un fonds spéculatif, nous sommes happés dans la double spirale du “toujours plus rapide, toujours plus sûr” et du “toujours plus observés, toujours plus influencés”. Il faudra bientôt plus qu’un sénateur inquiet, un bug découvert ou même un moteur spatial en plastique pour contenir nos penchants à la surveillance, à l’automatisation et à la délégation de nos propres lubies à la machine. Heureusement, dans ce vaste storyboard, il reste un brin d’humour, d’ironie, et peut-être le souvenir d’une liberté qu’aucun algorithme n’osera encore formater.

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