Automatisation intégrale, mémoire universelle : bienvenue dans le monde du trop parfait pour être honnête

Illustration originale : Evan Iragatie / Flux

Edito
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Automatisation intégrale, mémoire universelle : bienvenue dans le monde du trop parfait pour être honnête

Bienvenue dans l’ère du “trop beau pour être vrai” — où la différence entre un profil IA sur Instagram et un robotaxi qui grille une ambulance n’est plus qu’une question de sticker : l’humain, l’authentique, l’accidentel… serait-il dangereusement dépassé par ses propres créations ? Tandis que, partout, la technologie promet la sécurité (du cœur en ligne à la circulation urbaine), la réalité fait trembler : l’intelligence s’automatise, la mémoire s’externalise, la prise de décision s’éloigne — et la confiance, elle, semble toujours devoir attendre la prochaine mise à jour.

La même tension traverse les bureaux où OpenAI propose de confier nos tâches à ChatGPT Work : l’IA entre dans la vie professionnelle sous couvert d’accessibilité et de simplicité, mais prend peu à peu le contrôle de toute la chaîne décisionnelle, jusque dans les emails les plus confidentiels. Pendant ce temps, Salesforce injecte l’IA dans Slack, transformant le hub de discussions en panoptique décisionnel piloté par Slackbot. Chez Salesforce comme chez OpenAI, le narratif se ressemble, bétonné d’arguments sur la sécurité, l’efficience, voire le bonheur au travail — mais à force de déléguer à l’IA le droit d’anticiper, trier et “optimiser” chaque échange, que restera-t-il du jugement humain et de la trame sociale qui lie une équipe… ou une société ?

À l’extérieur du bureau, la technologie teste ses limites avec brutalité : les robotaxis californiens, livrés à leurs algorithmes, bloquent ambulances et policiers en pleine urgence, révélant la déconnexion croissante entre promesses automatisées et exigence humaine d’imprévisibilité. Et lorsqu’un drame réel survient, comme la tuerie de Tumbler Ridge, la question de la vigilance technologique explose à la figure des développeurs : fallait-il plus contrôler, plus profiler, ou simplement admettre qu’à trop vouloir réguler la machine, on échoue à guérir la société ?

Le progrès algorithmo-mémoriel d’un Mem0 ou d’un SpaceX semble promettre que l’oubli (ou la perte de contrôle) ne sera bientôt plus qu’un bug du passé — mais à qui profite la mémoire universelle, sinon à ceux qui fixent déjà les règles de ce nouveau jeu ?

Car pendant que l’on discute profilages éthiques et sécurité publique, certains jouent dans le back-office du capitalisme technologique : la percée d’Ashley Smith dans le capital-risque redessine à la marge la carte d’un secteur peuplé de clones d’Elon Musk, pendant que SpaceX expérimente le mariage de l’IA et de l’espace sur fond de bulle boursière. L’argent afflue sur des promesses algorithmiques plus ou moins réelles, tandis que de l’autre côté, c’est la mémoire — celle des IA et bientôt la nôtre ? — qui s’achète et se vend comme la prochaine denrée stratégique avec l’avènement de Mem0. Zone grise ou lumière crue : l’IA n’oublie rien, la tech accumule tout, et le capital, lui, valide… ou efface.

On croyait que la technologie devait libérer l’humain, mais elle codifie désormais son identité, ses souvenirs, ses déplacements et jusqu’à ses émotions… non sans ratés, bugs et tragédies hélas bien réelles. Dans ce grand théâtre de l’innovation, la société n’a jamais eu autant besoin de véritables étiquettes : non pas pour différencier humains et robots ou nommer les accidents, mais pour redessiner, d’urgence, les lignes de partage du pouvoir au sein d’un monde… chaque jour un peu plus automatisé, surveillé, mémorisé — et, il faut bien l’avouer, profondément imprévisible.

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