Assistant(e)s, trackers, inspecteurs... ou l’illusion de la symphonie algorithmique

Illustration originale : Evan Iragatie / Flux

Edito
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Assistant(e)s, trackers, inspecteurs… ou l’illusion de la symphonie algorithmique

Parfois on se demande si le progrès technologique n’est pas devenu cette grande scène de théâtre où chaque acteur agite sa propre IA comme un pistolet à eau, promettant de nettoyer la société de toutes ses tâches (sale jeu de mots…). De la prise de notes intelligente selon Calendly à la gestion hyper-connectée des PME façon Muse by Meta, il semble que notre destin numérique soit désormais de confier le moindre post-it, le plus humble agenda, ou la liste de courses du dimanche à une myriade de cerveaux synthétiques… quitte à ce que celui-ci, sur un malentendu, nous bannisse pour avoir partagé un Excel suspect sur Discord.

Le cirque de l’innovation, c’est aussi une bataille de spots publicitaires sur la grand-messe du Super Bowl, où IA et anthropomorphisme rivalisent sous les maillots de Svedka ou de Claude pour anthropomorphiser l’algorithme mieux qu’un labrador sur fond de Cendrillon. Les géants de la tech ne se contentent plus de transformer nos habitudes : ils modèlent notre imaginaire, transformant le moindre moment de répit télévisuel en auto-célébration algorithmique, chacun espérant faire briller sa propre “assistance intelligente” là où le quidam commence surtout à souhaiter, ironiquement, rester humain vingt minutes de suite.

Mais il ne suffit pas de vouloir orchestrer nos agendas ou de faire du pitch commercial une danseuse holographique, voire d’inventer le traqueur d’objets “plus précis que précis” à la sauce Apple. La confiance se file toujours en douce : l’automatisation avance, certes, mais chaque bug — qu’il s’agisse d’un faux positif, d’une faille de confidentialité comme chez Morpheus et ses cousins italiens de l’espionnage, ou d’une IA de prise de notes menacée par le modèle économique du “toujours plus” — rappelle au marché numérique que l’exactitude de la machine pâlit vite face à la complexité de l’humain. Sous l’apparence d’efficacité, l’ombre du “bug existentiel” plane : l’utilisateur n’est plus seulement client ou cible, il est aussi la dinde de la farce algorithmique.

L’intelligence artificielle veut tout orchestrer, mais la confiance humaine reste la note qu’elle n’arrive jamais à jouer parfaitement.

Ce paradoxe éclate davantage quand la tech sort de ses logiciels pour s’incarner dans les biotechs de Yosemite, ou même dans la voiture de demain, expertisée à distance par la caméra d’un smartphone : scénario SF où l’œil humain cède la place à la statistique de pixels et à la fausse objectivité. Partout, la centralisation des données s’accélère (traqueurs AirTag, prise de notes Calendly, inspection Self Inspection), et la question de la souveraineté du particulier face au collectif algorithmique devient brûlante. Collectivement, sommes-nous mieux protégés quand on délègue notre mémoire, notre sécurité ou nos diagnostics à des plateformes globales sous prétexte d’efficacité ?

Il reste alors la dimension sociale de toute cette automatisation débridée : qui tire vraiment profit de la multiplication de ces assistants et robots, hormis quelques investisseurs ou corporate storytellers ? Chaque progrès, chaque génération d’algorithme, traqueur ou assistant promet une vie simplifiée, mais dans la réalité, finit souvent par organiser un nouvel entre-soi — celui des initiés, des possédants, et des marketeux. A force de vouloir “danser avec les lois”, de modérer à l’aveugle ou d’inspecter à distance au nom de l’efficience, la tech transforme l’expérience individuelle en simple variable d’un immense A/B test. La révolution n’est donc peut-être plus à chercher dans le code ou la puce, mais dans notre capacité à rester vigilant — à rappeler aux robots les vraies priorités humaines, sinon au prochain faux pas algorithmique, ce ne sera même plus “qui trinque ?” mais “qui reste encore à table ?”.

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