IA, mégacombat à tous les étages : du chasseur de bug à l’ogre boursier

Illustration originale : Evan Iragatie / Flux

Edito
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IA, mégacombat à tous les étages : du chasseur de bug à l’ogre boursier

Oubliez le « grand remplacement » des métiers : c’est bien la technologie, dans sa version full IA, qui s’applique désormais à cannibaliser à peu près tout – la cybersécurité, la créativité, les vieux totems du web et, à l’occasion, quelques rêves boursiers interstellaires. Cette semaine, la guerre des IA ressemble à une ruée digne du XXe siècle, sauf que les chercheurs d’or se nomment Microsoft, Google ou SpaceX, et que leurs pioches s’appellent « benchmark Cyber Gym » ou « nano banane personnalisée ». Oui, la tech ne manque jamais d’un argument fruité pour donner l’impression de nourrir le monde – ou d’en piller méthodiquement les données entre deux failles de sécurité.

Microsoft veut dominer la cybersécurité à coups d’armées d’agents IA, tandis que Google préfère faire effraction dans votre intimité à la mode Gemini, personnalisant l’expérience jusqu’à fouiner dans vos photos ratées de vacances. Mais derrière les promesses de plateformes miracles telles que Gemini ou Perception, le vrai duel n’est plus celui de la meilleure innovation, mais celui de la meilleure exploitation du « contexte » : qui saura le mieux monétiser nos bribes de vie et nos bugs existentiels ? Pendant ce temps, les anciens d’OpenAI parient sur la capacité de startups microscopiques à débusquer l’or noir algorithmique caché dans l’hyperspécialisation. Le capital-risque est devenu science occulte, tout comme la mémoire contextuelle machine est censée réinventer la fidélité numérique.

Mais à force d’agglomérer ce qui traîne, on assiste à une restauration façon buffet froid : voyez Bending Spoons qui rachète AOL, Meetup ou Evernote pour les truffer d’IA. Transformation ou pansement marketing sur des cadavres fumants ? Peu importe tant que la rentabilité suit – et de préférence, sans perdre trop d’abonnés en route. Parlons rentabilité : SpaceX, quant à elle, a redéfini la notion d’IPO spectaculaire, s’offrant la bourse à la comète et propulsant Elon Musk vers le statut de « premier trillionnaire » – tout en affichant des pertes abyssales et des projets de fusion Tesla-SpaceX qui font autant rêver que trembler juristes et investisseurs.

La technologie ne conquiert plus seulement l’espace : elle recycle, rassure, effraie et tourneboule, sans jamais vraiment redonner le pouvoir à ses utilisateurs.

Dans tout cela, l’intégration d’IA façon Slack & Adobe, vendue comme la promesse ultime du collaboratif, n’est qu’un avatar de plus pour celui qui sait (ou croit savoir) parler à son robot préféré. Mais alors, où est la « vraie » révolution attendue ? Les applications IA restent, pour la plupart, des jouets pour l’élite ou des gadgets pour happy few, pendant que la grande masse – celle des usagers lambda, des PME ou des familles – regarde cirer les baskets des unicorns tout en rêvant d’un chatbot abordable, simple, et peut-être, vraiment utile.

Ce cycle éternel de consolidation-recyclage-personnalisation-financiarisation semble inarrêtable, jusqu’à la prochaine grande “ruption” qui réinventera la roue en la vendant encore plus cher. L’IA, telle qu’elle s’impose aujourd’hui, n’est pas l’utopie, mais bien le miroir grossissant de notre époque : performative, intrusive, souvent excluante – et toujours affamée de nouveaux marchés à draguer. La seule certitude ? Si la technologie s’invite partout, ce n’est pas tant pour changer votre vie que pour s’assurer que vous continuerez de lui faire confiance… et de rentrer vos datas dans la bonne case.

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