Du Trillion IA au Tracking Menstruel : la techno s’offre tout, la question reste à qui

Illustration originale : Evan Iragatie / Flux

Edito
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Du Trillion IA au Tracking Menstruel : la techno s’offre tout, la question reste à qui

Trillion de dollars pour un rêve d’intelligence pure, TikTok qui veut transformer vos envies de plages instagrammables en bookings compulsifs, applications de santé qui pompent vos données menstruelles comme Google recycle vos recherches et investisseurs en ébullition permanente à Disrupt : avons-nous finalement construit un monde où la promesse technologique se résume à un immense guichet automatique de business plans, sous le vernis du progrès ?

D’un côté, la siliconisation à outrance de nos rêves IA éclaire une nouvelle ère où les hyperscalers calculent non plus en milliards mais en trillions, quitte à y sacrifier la logique économique. Mais qui engrangera le retour sur investissement si l’efficience croissante de l’open source coupe l’herbe sous le pied des industriels ? Simultanément, la frénésie des grands-messes de l’investissement comme TechCrunch Disrupt ne fait qu’enfler la bulle, chaque pitch alimentant un gigantesque casino où l’aléatoire a (paraît-il) laissé place à la data.

Derrière cette façade de disruption permanente, la captation de la valeur ne se limite plus au simple cash-flow, mais s’étend à la vie privée, aux émotions, à la santé. Les applications de santé intime, qui promettaient de “libérer” la parole des femmes, se retrouvent rattrapées par le vieux démon de la revente de données, prouvant qu’en 2026, la domination numérique n’est jamais loin d’un bon vieux marché des identifiants anonymisés – anonymes surtout pour l’utilisateur, jamais pour le courtier. Et dans la farandole des géants, Google se voit rappeler à l’ordre par les juges sans jamais vraiment vaciller, obligé de jouer profil bas… mais jamais de détacher ses services milliardaires.

La technologie vend l’illusion de l’autonomie tout en verrouillant chaque nouveau circuit de valeur dans un cercle toujours plus fermé, sous des couches de promesses éthiques et d’algorithmes optimisés.

Le comble ? Ce sont désormais les plateformes d’influence virale, à commencer par TikTok GO, qui métamorphosent la curiosité des voyageurs en circuit-court transactionnel, brouillant définitivement la frontière entre contenu, publicité et acte d’achat. Tout, du pitch de start-up au cycle menstruel en passant par le choix de la destination de vacances, passe à la moulinette du modèle d’affaires d’une poignée de plateformes qui imposent leur infrastructure, leur data et leurs règles. Pendant ce temps, le monde croit réserver une chambre ou une “vie meilleure” en trois clics, mais ne fait souvent que grossir un peu plus les statistiques de la prochaine IPO.

Alors, sommes-nous réellement acteurs de ce théâtre technologique ou bien spectateurs irrémédiablement captifs d’un récit où chaque innovation n’est que l’excuse raffinée d’un nouveau modèle de monétisation ? L’humain, relégué aux métriques de conversion et à la “rétention utilisateur”, n’aurait-il pas besoin d’une bonne disruption dans la disruption – celle qui consisterait à demander, avant de disruptoriser le monde entier : “à qui profite vraiment le progrès” ?

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