Entre l’IA qui choisit votre canapé plus vite que son ombre, la machine à moonshots qui propulse ses startups sans garde-fou et la santé qui rêve de PET-scanner tout le monde à bas coût, sans oublier la machine à cash Nvidia qui convertit chaque watt en dollar, la technologie de début 2025 ressemble moins à une courbe de progrès qu’à un stand de fête foraine lancé en mode turbo. L’ambition ? On y mélange la promesse d’une vie mieux rangée, d’une planète sauvée et d’un portefeuille (virtuel) prêt à exploser, le tout, évidemment, « boosté » à l’algorithme.
Le mariage improbable de ces tendances s’opère sous la bénédiction d’un dieu : la puissance brute. Que ce soit Nvidia qui rafle tout dans une économie où l’on ne sait plus distinguer la manne des serveurs de celle de la finance, ou X (ex-Google X) qui relâche ses fous volants de la tech en rase campagne à coup de fonds d’investissement custom, c’est moins la mesure du risque qui importe que la taille du moule à billets. N’hésitez pas à rêver en grand, nous dit-on, la condition du succès étant justement de ne pas oser se poser la question du fracassement contre la réalité.
Ce modèle irrigue la déco (Onton et sa clique d’IA à la sauce « hallucination contrôlée ») autant que la santé (salut RADiCAIT et ton rêve d’imagerie PET démocratisée !). Les mêmes architectures d’IA qui devinent vos goûts en coussins s’attaquent à vos métastases, et c’est dans cette écrasante universalisation du « problème résolu par réseau de neurones » que se loge notre plus bel espoir… ou la source d’un future casino : payera qui peut pour un diagnostic aussi personnalisé que sa table basse scandinave.
L’ultime innovation de la décennie : faire croire à tout le monde que remplacer un cyclotron par un GPU, c’est aussi simple que de remplacer une réunion PowerPoint par ChatGPT.
Car derrière l’histoire enchantée, qu’il s’agisse de pimper son salon, d’investir dans une « licence pour disrupter » à la X ou de généraliser la médecine de pointe, plane toujours le même spectre : la concentration sans partage de capital, d’infrastructures, de données, d’intelligences. Ce sont les mêmes moteurs — le cloud, les milliards engloutis, les interfaces magiques — qui commandent la danse. Et à la fin le ticket d’entrée ne cesse de grimper, du tapis IKEA à la salle d’attente, tandis que la promesse d’équité se dissout derrière l’épaisseur du portefeuille des fondateurs… et celle, abyssale, des investisseurs.
La question n’est donc plus de savoir si la technologie va tout révolutionner ou seulement trier nos chaussettes, mais à qui appartiendra la clé de la machine : aux ingénieurs, aux “moonshotteurs”, aux spéculateurs ou, rêve d’aujourd’hui, à ceux dont la voix reste absente de la boucle ? La “démocratisation” annoncée de la puissance — médicale, domestique, entrepreneuriale — n’est pas un acquis, mais un champ de bataille, et les IA, pour brillantes qu’elles soient, continuent, elles aussi, de choisir leur camp. Reste à voir si nous aurons le courage de tenir un autre discours que celui, convenu, de la réussite algorithmique universelle.




