« Derrière chaque intelligence artificielle qui se prend pour le futur, il y a souvent un humain qui s’est contenté d’emballer le passé. » Voilà qui résume bien le dilemme auquel font face investisseurs et grandes entreprises du secteur en ce moment : entre emballage cadeau brillant et véritable révolution technique, pas facile de démêler l’innovation du simple repackaging façon pochette-surprise.
Lors du dernier accélérateur Atoms dédié à l’IA en Inde, mené de front par Google et Accel, un petit détail a piqué la curiosité des jurés : sur plus de 4000 candidatures, la majorité était constituée de fameuses startups « wrappers » – entendez par là des boîtes qui posent une couche de chatbot ou d’API sur un service déjà existant et crient au génie. Mais attention : sur la photo de famille des lauréats, aucun de ces emballages n’a fait son apparition, a bien précisé Prayank Swaroop, partenaire chez Accel. Si la tendance est de vouloir « mettre un manteau ChatGPT sur tout et n’importe quoi », le jury a préféré des idées plus costaud que du scotch sur du carton.
Ce qui est sur, c’est que le programme Atoms ne fait pas de cadeaux aux copieurs. Annoncé en novembre, ce partenariat veut soutenir les vraies innovations IA de la scène indienne, avec 2 millions de dollars à la clé, le tout saupoudré d’une montagne de crédits cloud de Google. Pas étonnant donc que 70% des recalés étaient… des wrappers incapables de réinventer un usage ou de proposer une nouvelle manière de bosser grâce à l’IA. Quant aux autres, la plupart pataugeaient dans des bassins déjà bien remplis, sous la forme d’outils marketing ou RH, sans la moindre idée neuve pour se différencier.
Même avec de l’IA, si ton idée est plate, il n’y a pas d’emballage miracle.
On ne va pas se mentir : c’est la foire d’empoigne pour se lancer sur l’IA, et la plupart des dossiers viennent de jeunes pousses toutes fraîches. Mais la grande majorité continue de penser que le salut viendra du B2B : plus de 60% visaient la productivité en entreprise, et à peine 13% osaient lorgner du côté du développement logiciel. La consommation, la santé, l’éducation ? Pas vraiment le club des idées, au grand dam des investisseurs qui espéraient voir surgir des licornes au service du bien commun. Il y a de quoi se demander si les vraies pépites ne préfèrent pas encore leur garage à la lumière des projecteurs.
Pour Google et son mystérieux AI Futures Fund, pas question de prêcher pour sa seule paroisse : chaque startup sélectionnée peut jongler entre différents modèles d’IA, histoire de voir ce qui marche vraiment sur le terrain. La finalité cachée ? Récupérer de précieux insights à reverser aux équipes de Google DeepMind, et faire tourner la roue de l’innovation maison. Autant dire, la victoire n’est pas à qui code le plus vite… mais à qui code le plus malin (et le plus utile).
Parmi les heureux élus de cette promo, on retrouve :
- K-Dense qui veut faire jouer la corde du co-scientifique numérique, histoire d’accélérer la science,
- Dodge.ai et ses agents autonomes tout droit sortis d’un ERP futuriste,
- Persistence Labs qui redonne de la voix (et de l’IA !) aux call centers,
- Zingroll pour les fans de films faits par les robots,
- et LevelPlane, spécialiste de l’automatisation industrielle boostée à l’IA.
En somme, l’époque n’est plus à la multiplication des chatbots sur fonds PowerPoint, mais à la recherche d’idées qui font vraiment avancer la machine de l’IA. Reste à voir si les prochaines cohortes nous emballeront… autrement qu’avec du papier cadeau.
Comme on dit dans le métier : les « wrappers » n’ont qu’à bien s’accrocher, car dans l’innovation, l’emballage ne fait pas le produit… et c’est pas du bourrage d’API qui change la donne !
Source : Techcrunch




