Si l’humanité aimait tant les tables rondes, c’était sans doute pour échapper aux tableaux Excel… mais voilà que Nexus, la nouvelle coqueluche de l’IA (Tableur, taboulé, tabulaire : la recette gagnante de l’IA !), vient rebattre les cartes de la tabularité bureautique. Pendant que Musk, privant les RH du plaisir de licencier à la chaîne chez xAI (IA, vous y êtes ? Les Musk-etaires d’xAI face au bug humain), rêve d’un Macrohard tout-puissant pour remplacer le salarié lambda, une myriade de start-up parie sur le chiffre, la colonne et la donnée joufflue pour acheter son rond de serviette à la table de la Silicon Valley. On croyait que l’IA tuerait la routine, elle la sanctuarise… mais version jet d’encre et hard reboot.
Ce goût du tout-automatisé ne fait pas que ravir les fonds d’investissement ou stresser les développeurs : il s’infiltre, façon clone de chat, dans les smartphones adolescents, tissant de nouveaux liens chacun plus siliconien que le précédent (Des ados câblés à l’IA : entre amis trop « intel » et parents débranchés). Entre le rêve de l’agent assistant tout-puissant et la réalité des ados qui confient leurs amours, angoisses et exercices de maths à un microprocesseur, la promesse de la technologie n’est plus l’ubiquité productive… mais la solitude algorithmique. Pendant que les salariés craignent de perdre leur badge au profit d’un Grok sans pause-café, les jeunes s’évadent dans des mondes où, si l’IA ne répond pas, c’est moins grave que si maman leur crie « éteins ton écran ! ».
Toute cette frénésie algorithmique, ce ballet de la donnée, de la mobilité et des confidences numériques, se heurte finalement… à la même obsession : accélérer, démultiplier, dématérialiser. Les avions électriques de demain (Mobilité aérienne électrique : révolution ou mirage ?) n’ambitionnent-ils pas, eux aussi, de faire voler le quotidien au-dessus des embouteillages, d’échapper à la lenteur humaine par la grâce du kilowatt et du test réglementaire express ? La FAA bénit la ruée vers le ciel, mais pour quoi : démocratiser la liberté du taxi volant ou offrir à l’élite pressée un moyen d’éviter le contact social du métro ? Tandis que Musk rebalance ses troupes, les adolescents s’inventent des amis virtuels, et les barons de l’aviation jouent aux Lemmings version drone : tout le monde court vers l’automatisation, espérant que la prochaine itération d’IA transformera la corvée en plaisir, la solitude en productivité, le labeur en miracle électrique.
Quand l’IA s’invite partout – du ciel aux classes, des tableurs aux états d’âme – il ne reste plus grand-chose pour la spontanéité humaine, si ce n’est l’art singulier du bug et de l’imprévu.
Mais derrière ces effets d’annonce, la tectonique du progrès cache ses failles : de la réorganisation cyclique façon téléréalité chez xAI à la tyrannie de la donnée managée par Nexus, rien n’est éternel dans la Silicon Valley… sauf peut-être la croyance que l’algorithme va tout réparer – les cœurs brisés des ados, le chaos de la mobilité urbaine, les migraines du chef comptable. Pourtant, à force d’aligner des solutions clefs en main pour tout mécaniser, ne construit-on pas une société où l’humain devient la seule variable d’ajustement impossible à automatiser ?
Inversez le regard : ce futur qui se rêve 100 % piloté par l’IA ne met justement en lumière que l’irréductible complexité humaine – cette capacité à bugger, à improviser, à se lier sans API, à trouver dans le grain du chaos le sel de nos existences non tabulaires. Entre deux lignes Excel, un rendez-vous manqué chez xAI ou un taxi drone survolant la ville : ce qui distingue la société développée, c’est cette capacité à chérir l’imprévu, à s’attarder sur le détail que les IA ne calculeront jamais. Peut-être qu’à force de courir après le tableau parfait, il faudra réapprendre la poésie du désordre, la saveur d’une erreur… et laisser un peu de place à l’inattendu dans l’ère du tout-connecté.




