La Tech, ce théâtre où la sécurité brille à coup de boules disco

Illustration originale : Evan Iragatie / Flux

Edito
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La Tech, ce théâtre où la sécurité brille à coup de boules disco

Encore une journée à la frontière du réel et du ridicule dans la tech, où l’on observe les robots se prendre pour des juges de paix de la vérité, les patrons du divertissement s’essaimer dans les fonds d’investissements, et Google insuffler à nos écrans l’esprit kitsch du dancefloor. Mais derrière le spectacle, la même question affleure : que valent ces artifices si les fondations sur lesquelles ils reposent tiennent à la fois du mirage marketing et de la distraction algorithmique ?

À lire la croisade de Forum AI menée par Campbell Brown, on comprend que la Silicon Valley s’est trouvé un nouveau Graal : transformer l’intelligence artificielle en oracle infaillible, purgée de ses erreurs adolescentes et de ses biais stéréo. Mais ce grand oral pour IA – où la rigueur s’affiche comme un badge d’honneur – n’est qu’une nouvelle facette de la vaste opération cosmétique qui consiste à rassurer le consommateur, l’investisseur, et surtout… le régulateur. Il s’agit d’acheter des points de crédibilité à coup de “conseils d’experts” et de “tests grandeur nature”, planqués derrière le rideau chatoyant de la big data.

Qu’il s’agisse de la sécurité industrielle chez Rivian ou du garde-fou “made in OpenAI” appelé Promptfoo, chacun tient à prouver qu’ici, l’automatisation ne rime pas avec improvisation. Pourtant, l’histoire bégaye : derrière chaque promesse de technologie salvatrice, il y a aussi des angles morts et, parfois, des tragédies bien réelles. Qu’une startup d’audit IA soit rachetée en fanfare ne garantit ni la transparence, ni l’humilité, ni la capacité à anticiper les vrais problèmes humains – surtout quand la mode est d’accrocher le moindre contre-feu éthique ou sécuritaire comme on ajouterait icône disco sur son écran Pixel.

La vérité, la sécurité et l’innovation : on promet leur fusion miraculeuse – mais c’est souvent le spectacle qui prend le dessus sur la substance.

La tech, désormais, se love dans une vieille recette hollywoodienne : briller d’abord, sécuriser ensuite. Il ne manque qu’un Bob Iger (passé de Disney à Thrive Capital) pour faire le lien entre storytelling, viralité des logos façon boule à facettes (merci Google !), et culture des promesses jamais tenues. C’est le même cinéma financier : attirer le chaland avec des figures de proue, rassurer la galerie (“regardez comme c’est beau, sûr, contrôlé !”) et reporter toujours la véritable question – qui contrôle qui, et pour qui, dans ce cirque digital ?

Derrière les pixels qui brillent et les calculs d’algorithme, c’est avant tout une société qui s’habitue à ce que l’illusion de maîtrise tienne lieu de vérité. Tant que la techno bulle saura orchestrer ses emballements, sponsorisés à coups de paillettes, de “bodyguards” artificiels et de directeurs artistiques recyclés, on continuera de danser. Mais qui aura le courage, une fois la fête finie, de rallumer les lumières pour inspecter les dégâts sur le parquet ?

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