À force de courir après l’innovation, la tech ressemble de plus en plus à un opéra-bouffe numérique où chaque diva IA ne peut briller que si, en coulisse, ASML grave le décor au nanomètre près. Bracelets, lunettes, apps et agents… qui aurait imaginé que la souveraineté technologique du XXIe siècle tiendrait parfois à l’humour très hollandais d’un fabricant de machines géantes, pendant que la Silicon Valley bourgeonne à vitesse d’hyperloop sur des IA qui s’échangent et s’empilent comme des cartes Pokémon ?
Car pendant que ASML fait chauffer ses lasers pour alimenter la gourmandise neuronale de tous les ChatGPT et Claude du marché, la frénésie du “tout IA” se déverse sur nos présentations Gamma, nos vidéos Mirage, nos assistants portés Qualcomm, et même nos agents cloud Vercel… Un bain d’innovation où le consommateur saute de gadget en gadget, du slide IA-tisé qui impressionne le boss au fitness connecté qui promet enfin de comprendre ce qui préoccupe tant de femmes qu’une smartwatch standard reléguait au rayon “homme blanc, 80kg”. Section “marketing inclusif ou vraie percée médicale”, le débat est lancé.
Mais dans cet écosystème ultra-connecté, la fragmentation est reine. Il y a Snap qui saucissonne son labo IA en spin-offs Dotmo pour ne pas gâcher le gâteau financier, Anthropic qui veut détrôner OpenAI en promettant une IA aussi prudente qu’innovante (ou l’inverse…), et Mirage ou Gamma qui peuplent le monde de créateurs-IA – tous dépendant du flux de silicium que seul ASML daigne distribuer. La techno fitness découvre soudain l’intérêt de comprendre le système hormonal d’une moitié de sa clientèle (bergère, où es-tu ?)… Mais faut-il s’attendre à autre chose qu’une nouvelle ruée vers le user data rose ?
À l’ère du cloud et de l’IA ubiquitaire, chaque acteur joue solo, mais tous recyclent les mêmes atomes gravés chez les tulipes.
Nous voici face à une étrange “convergence dispersée” : à mesure que la tech promet de nous relier et d’augmenter chaque expérience humaine, elle se segmente à l’infini, entre monopoles inaltérables et licornes hyperactives qui créent des outils pour… fabriquer plus d’outils. D’où la question cruciale : dans un monde où mamie, swooper sur Vercel, pourra bientôt générer et sortir son app de tricot IA du cloud, quand les lunettes Dior-Qualcomm ajusteront notre sommeil et nos posts, et que les IA espèrent enfin prendre notre santé au sérieux, qui, parmi ces Gafam, start-up et monopoles du silicium, deviendra le réel maître du jeu – et quel joueur gardera la main sur la pile des datas ?
Parce que l’innovation n’a jamais semblé si démocratisée et, dans le même temps, si dépendante d’une poignée d’acteurs invisibles, la prochaine révolution ne sera ni portable, ni vestimentaire, ni même IA — elle sera structurelle, et viendra de ceux qui, dans l’ombre des photons et dans la lumière des écrans, réussiront à lier tous ces fragments. Conseillez donc à vos slides IA de garder la tête froide : entre la tulipe néerlandaise et la micro-puce californienne, on ne sait jamais de quel côté viendra le prochain big bang numérique.




