Le secteur juridique est-il désormais à la merci de cybercriminels déterminés et prêts à tout, même à s’introduire physiquement dans les entreprises ? Cette question, de plus en plus pressante, se pose après la publication d’un rapport accablant par les équipes de cybersécurité de Google et la confirmation du FBI. Qu’est-ce qui pousse un groupe de rançongiciel à franchir la frontière entre virtuel et réel ? Et comment les cabinets d’avocats peuvent-ils se protéger face à ce nouveau type de menace hybride ?
Ce vendredi, des experts de Google (Mandiant et l’équipe Threat Intelligence Group) ont mis sur la table des faits troublants. Selon leur enquête, le groupe Silent Ransom Group aurait multiplié les attaques contre des cabinets d’avocats ces derniers mois, non seulement en ligne via des campagnes de phishing, mais aussi en envoyant de faux techniciens informatiques dans les bureaux ciblés. Pourra-t-on encore faire confiance aux employés qui rentrent dans les locaux chaque matin ? Ou chaque badge informatique pourrait-il devenir une nouvelle vulnérabilité ?
Dans certains cas, ces imposteurs parviennent à accéder directement aux ordinateurs des victimes, armés de simples clés USB ou d’outils de prise en main à distance. Le FBI a confirmé avoir observé « plusieurs cas de personnes se faisant passer pour des techniciens IT pour accéder physiquement aux appareils dans les locaux des cabinets d’avocats ». La barrière entre cyberattaque et intrusion physique vient donc de tomber. Est-il possible qu’un avocat, dans un moment de panique ou de confusion, facilite lui-même le vol de ses dossiers confidentiels ?
Le cybercrime ne se contente plus de l’écran : il frappe désormais aux portes des entreprises.
Face à ce nouveau mode opératoire, la panoplie des attaques évolue : emails frauduleux, appels téléphoniques habiles, méthodes classiques de cybermalveillance et, désormais, manipulations de visu. L’objectif ? Forcer les victimes à partager leur écran ou à télécharger des applications de partage, ouvrant grand la porte aux hackers. Que deviennent alors les données dérobées ? Dans une scène digne des pires scénarios de chantage, Silent Ransom Group menace ensuite les victimes de publier leurs informations sensibles sur un site dédié si elles refusent de payer une rançon. Les cabinets, souvent démunis, cèdent-ils sous la pression ou prennent-ils le risque de voir leurs données étalées publiquement ?
La menace ne s’arrête pas à l’infiltration physique. Google insiste sur le fait que la manipulation humaine reste au centre de la stratégie : les criminels usurpent l’identité de techniciens, profitent de la confiance, simulent une intervention pour résoudre un problème inexistant et persuadent leurs cibles de collaborer. Ce mélange de méthodes anciennes et nouvelles crée un cocktail explosif, difficile à anticiper pour des structures peu préparées à ces coups de bluff hyper réalistes.
Alors que des attaques de ransomware se limitaient auparavant à l’envoi de virus chiffrant les données, aujourd’hui, elles s’accompagnent d’une menace de divulgation publique, redoublant la pression sur les victimes. Le recours à des usurpateurs en chair et en os marque-t-il un tournant irréversible vers une ère où cybercriminalité et criminalité « tout court » feront front commun ? Les cabinets d’avocats, pourtant garants du secret professionnel, sont-ils prêts à affronter ce nouveau visage du danger ?
Finalement, face à cette sophistication accrue des attaques, quelles mesures pourraient permettre aux cabinets d’avocats — et, au-delà, à toutes les entreprises — de distinguer l’allié de l’ennemi dès la première poignée de main ou la première intrusion dans leur réseau informatique ?
Source : Techcrunch




