Les lunettes connectées sont-elles en train de bouleverser l’équilibre du marché tech, ou ne sont-elles qu’une nouvelle expérience fugace ? Meta et Snap, deux géants du secteur, ont récemment lancé leurs dernières lunettes intelligentes, mais une jeune pousse chinoise, Even Realities, pourrait-elle vraiment leur faire de l’ombre avec une approche centrée sur la confidentialité et la simplicité ?
Qui se cache derrière Even, et comment cette startup fondée en 2023 à Shenzhen a-t-elle réussi à lever 150 millions de dollars pour se valoriser à un milliard ? Fondée par d’anciens ingénieurs d’Apple, à l’expertise puisée chez Apple Watch, iPhone et le secteur de la lunetterie de luxe, l’entreprise a rapidement lancé son premier produit, les Even G1, présentées comme les lunettes à guide d’ondes les plus légères du marché à leur sortie en 2024. Mais est-ce suffisant face à une concurrence qui, elle, mise tout sur la captation d’images et sur l’intelligence artificielle omniprésente ?
Quel est le vrai pari d’Even ? Contrairement à Meta ou Snap, l’entreprise mise sur un produit sans caméra : un affichage tête haute qui projette discrètement des informations devant les yeux de l’utilisateur, piloté par une bague connectée. Cette position radicale en matière de vie privée n’est-elle qu’un argument marketing, ou cache-t-elle une réflexion poussée sur l’acceptabilité sociale des dispositifs portables ? En tout cas, le public semble suivre : Even a franchi la barre symbolique des 10 000 unités vendues, un exploit inédit dans la catégorie, alors que son effectif a explosé en un an, passant de quelques dizaines à plusieurs centaines de salariés.
En misant sur la confidentialité et l’optique, Even Realities prétend redéfinir le standard des lunettes connectées.
Mais peut-on vraiment se passer de caméra à l’ère de l’IA générative omniprésente ? Pour Will Wang, PDG d’Even, la réponse est oui : il s’agit d’un choix éthique, mais aussi d’ingénierie, où toute la conception est pensée pour protéger les données, du chiffrement à la conformité européenne stricte. Plus intriguant encore, la véritable force de l’entreprise réside peut-être dans ses avancées sur l’optique : Even a développé une technologie propriétaire, Holistic Adaptive Optics (Even HAO), intégrant dès l’origine puce, optique et correction de la vue. Est-ce là qu’Even risque de prendre définitivement une longueur d’avance ?
Sur le terrain, Even cible un public inattendu : des professionnels exigeants, la plupart des hommes cadres ou dirigeants, dépensant en moyenne 1 000 dollars pour montures et accessoires. Et si la firme fabrique en Chine, elle concentre ses ventes sur les États-Unis, le Japon, la Corée du Sud, le Moyen-Orient ou l’Europe, où elle entend maîtriser d’abord la qualité du service avant de s’attaquer à son marché domestique. Ce choix étonnant ne révèle-t-il pas une rupture profonde entre innovation, production et marchés cibles ?
Dans un paysage dominé par la surveillance high-tech et la course à l’intelligence embarquée, la stratégie d’Even Realities interpelle. Jusqu’où iront-ils, et la confidentialité sera-t-elle le prochain argument massue pour s’imposer chez les utilisateurs lassés d’être « pistés » ? Les lunettes connectées ultra-discrètes et optiquement avancées d’Even marquent peut-être le début d’une mutation industrielle. Mais résisteront-elles à la tentation de l’IA et des capteurs toujours plus intrusifs ?
À l’heure où le marché foisonne de promesses et où les courbes de vente semblent donner raison à Even, une question demeure : la révolution annoncée des lunettes connectées passera-t-elle vraiment par la discrétion et la défense de la vie privée, ou l’avenir appartient-il toujours au spectacle, à la captation et à l’hyperconnectivité ?
Source : Techcrunch




