Le solaire va-t-il vraiment surpasser tous les autres modes de production d’énergie à l’échelle mondiale au cours de la prochaine décennie ? Et est-ce seulement une question de coût ou d’une réorganisation stratégique des priorités industrielles et géopolitiques ? Le dernier rapport explosif de BloombergNEF affirme que le solaire deviendra la première source d’électricité d’ici 2035, devant le charbon, le pétrole et le gaz. Mais que cache ce virage radical, et pour qui ces nouveaux équilibres profiteront-ils vraiment ?
Pourquoi le solaire a-t-il pris une telle longueur d’avance ? Selon Matthias Kimmel, responsable de l’économie de l’énergie chez BloombergNEF, la victoire du solaire se base avant tout sur l’économie : “Le solaire est tout simplement trop bon marché pour être ignoré.” Comment une énergie longtemps considérée marginale a-t-elle pu devenir la chouchoute des investisseurs et des industriels ? Et que dire de l’exemple pakistanais, qui a bondi de 25 gigawatts solaires en deux ans suite à l’explosion du prix du gaz naturel provoquée par la guerre en Ukraine ?
La transition énergétique trouve ainsi un allié inattendu : la croissance fulgurante des data centers et de l’intelligence artificielle. Qui aurait imaginé que ces nouveaux temples du numérique seraient si gourmands en électricité, au point de pousser les géants de la tech – Google en tête – à investir massivement dans le stockage longue durée ou encore le nucléaire de nouvelle génération ? Face à eux, les énergies fossiles résistent grâce à leur capacité à fonctionner en continu, mais leur hégémonie ne semble plus garantie jusqu’en 2050. Les régulateurs vont-ils accélérer la tendance, ou freiner pour protéger des intérêts traditionnels ?
La révolution solaire s’annonce inarrêtable, mais la bataille du stockage et de la gestion de l’intermittence ne fait que commencer.
La question du stockage devient centrale : la chute des prix des panneaux photovoltaïques tire à la baisse l’ensemble du secteur, alors que de nouveaux modèles hybrides (solaire + batteries) commencent à se multiplier, notamment en Espagne et en Italie, où le solaire en solo n’est même plus rentable à cause des surplus d’énergie. Les nouvelles “usines électriques” ressembleront-elles bientôt à des gigastructures couplant solaire, batteries et autres innovations comme le géothermique ou le nucléaire miniature ?
Ce raz-de-marée solaire s’explique par deux facteurs majeurs : la politique industrielle chinoise, qui a favorisé une production massive et inondé le marché, et la baisse structurelle des coûts à chaque doublement de la capacité mondiale. Résultat ? D’ici 2035, BloombergNEF prévoit une baisse additionnelle de 30% sur le coût des panneaux, rendant le solaire imbattable face au charbon et au gaz et capable de produire deux fois plus d’électricité que le gaz naturel à l’horizon 2050.
Mais ce tableau radieux occulte une autre réalité : la stabilité de l’approvisionnement énergétique mondial n’est pas encore assurée. Les batteries de nouvelle génération, promises par des startups comme Form Energy ou Redwood Materials, vont-elles réussir leur passage à l’échelle ? De même, l’intégration du nucléaire et du géothermique – valorisés par des entrées en bourse spectaculaires – sera-t-elle suffisante pour pallier l’intermittence ? Rappelons que chaque transition génère ses vainqueurs et ses perdants, en particulier sur la scène géopolitique, alors que des conflits comme la guerre en Iran peuvent rebattre les cartes de la dépendance énergétique.
Un point frappant ressort : même dans un scénario de transition piloté uniquement par l’économie, chaque pays du globe pourrait réduire – voire éliminer – sa dépendance aux importations d’énergie, y compris des géants pétroliers comme l’Arabie saoudite. La quête d’indépendance énergétique peut-elle vraiment coïncider avec la rentabilité, et jusqu’où sommes-nous prêts à faire confiance au marché pour piloter une révolution aussi critique pour l’avenir ?
Source : Techcrunch




