Licenciés, supersurveillés, et puis quoi ? Quand la tech rature l’humain

Illustration originale : Evan Iragatie / Flux

Edito
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Licenciés, supersurveillés, et puis quoi ? Quand la tech rature l’humain

Dans une Silicon Valley où l’agilité est vantée comme vertu cardinale, l’agilité sociale et éthique n’est manifestement pas à l’ordre du jour chez certains géants. Oracle, par exemple, vient de rappeler à 30 000 salariés qu’ils sont remplaçables d’un simple clic, leur supprimant accès VPN et Slack avant même de leur offrir, tel un lot de consolation empoisonné, des packages d’indemnités à géométrie variable. Le massacre social se fait sans éclat, sans même la dignité d’un échange direct, et surtout, sans le moindre état d’âme.

En disséquant la froideur d’Oracle, impossible de ne pas repenser à la nouvelle obsession de la tech : la gestion des identités, mais cette fois à l’ère des IA autonomes. Alors qu’Okta s’offre Permiso pour 200 millions de dollars afin de surveiller, à la marge près, les existences numériques dans un monde où humains et agents logiciels se confondent, le contraste est frappant. Chez Oracle, l’identité humaine ne pèse plus grand-chose ; chez Okta, le moindre bot doté d’un API clé mérite toute une sandbox d’observation (lire ici). Le nouveau standard, c’est le contrôle total – de la chair au silicium.

Ce jeu de massacre et d’hyper-surveillance révèle une convergence cynique : la précarité organisée des humains va de pair avec la paranoïa algorithmique autour des IA. Vous perdez votre job en un clic chez Oracle ? Qu’à cela ne tienne, votre remplaçant virtuel, monitoré par Okta, fera mieux, plus vite, tout en étant surveillé à la microseconde près par des systèmes de détection comportementale. La gestion RH devient gestion de flotte informatique, indifféremment peuplée de travailleurs « remote », surexploités et invisibilisés, et d’entités IA, fliquées par défaut, suspectes par essence.

Dans le monde de la tech, la surveillance algorithmique et la gestion humaine partagent désormais une logique : tout contrôler, quitte à tout déshumaniser.

Le rêve doré des stocks-options ou du « job security » ne fait plus illusion : aujourd’hui, l’actionnaire dicte, l’algorithme police, et l’anonymat digital s’insinue dans les veines d’entreprises devenues autophages. Mais derrière les licenciements dématérialisés et l’obsession pour les identités IA, c’est un nouveau corps social qui se recompose, fait de précarité et d’automatisation, où la loyauté ne va ni aux employés ni aux clients, mais au cash-flow et au data-flow.

À mesure que les entreprises repoussent les limites de l’automatisation et du contrôle, ne seraient-elles pas en train d’expérimenter grandeur nature la société post-travail – non pas parce que l’humain a été libéré, mais parce qu’il a été effacé de la chaîne de valeur ? Surveillance, licenciements et IA : la tech vient de se doter d’un trépied mortifère, qui promet un équilibre social aussi stable qu’un drone sans gyroscope.

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